Culture: RDC, Le groupe Taccems célèbre 30 ans de création théâtrale et d’engagement culturel.

Laurent Kangisa

Fondé le 15 août 1995 au retour de la deuxième édition du festival international de théâtre tenu à Kinshasa, le Groupe Théâtre des Amazoulous, connu sous l’acronyme Taccems, célèbre fièrement trois décennies d’existence, de création artistique et d’initiatives culturelles. Ce centre de création, d’échange et de montage de spectacles basé à Kisangani, fait aujourd’hui un bilan à mi-parcours d’un parcours riche en réalisations et en résilience.

Un parcours ponctué de grandes avancées

Depuis sa création par deux jeunes comédiens passionnés, Taccems a su imposer sa marque dans le paysage culturel congolais et au-delà. Parmi ses grandes réalisations, révèle Magloire Bolunda, coordonnateur du groupe, figure notamment l’acquisition de l’Espace Culturel Ngoma, une salle de spectacle multidisciplinaire devenue un véritable creuset de diffusion artistique à Kisangani.

Autre fait marquant, la légalisation du groupe : une avancée rare dans le secteur culturel en RDC, où peu de structures disposent de documents juridiques officiels. Cette reconnaissance légale a permis au groupe d’évoluer dans un cadre formel, gage de crédibilité auprès des partenaires.

Le groupe a également été à l’initiative de la création du Réseau Pool Culturel Est, qui regroupe les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uélé, Ituri et Tshopo. Ce réseau permet une mutualisation des efforts et la circulation des œuvres à l’échelle régionale.

Une présence nationale et internationale affirmée

Taccems, c’est aussi l’organisation de la “Semaine culturelle”, événement annuel phare dont les activités se tiennent simultanément dans les provinces du Pool Est. Chaque édition met en lumière une production théâtrale marquante, véritable vitrine du talent local.

À cela s’ajoute le Festival Ngoma, aujourd’hui à sa 15ᵉ édition, qui s’est imposé comme un rendez-vous majeur des arts de la scène dans la région. À travers ces actions, Taccems s’est imposé comme le représentant culturel de la province sur les scènes nationale et internationale, avec des participations régulières à des festivals et ateliers au-delà des frontières.

Autre volet non négligeable de l’impact du groupe : la formation. En l’absence d’écoles spécialisées pour les arts de la scène dans la région, Taccems organise des séances de renforcement des capacités à destination des opérateurs culturels. Une dynamique qui contribue à la professionnalisation du secteur et à l’autonomisation économique de ses membres, qui parviennent à vivre de leur art.

Des défis persistants, des perspectives prometteuses

Malgré ce bilan élogieux, le groupe déplore la non-réalisation d’un projet clé : la réhabilitation et la modernisation de la salle Espace Ngoma. Une salle vieillissante qui nécessite aujourd’hui des investissements pour répondre aux normes contemporaines de diffusion culturelle.

Bonne nouvelle cependant : la réhabilitation est désormais prévue pour début 2026, grâce à un financement de l’Agence belge de développement Enabel. Ce chantier, une fois achevé, devrait offrir un outil moderne au service des artistes et du public local.

L’appui précieux d’Africalia Belgium

Dans sa dynamique de professionnalisation, Taccems bénéficie également de l’accompagnement de l’organisation belge Africalia Belgium, active dans le soutien aux initiatives culturelles en Afrique. Selon Olivier Maloba Banza, directeur artistique du groupe et coordinateur du projet Africalia, cette collaboration a permis d’accéder à plusieurs cycles de formation et d’assurer la mobilité des artistes pour des échanges et des ateliers.

Initialement engagée aux côtés de cinq structures culturelles en RDC, Africalia ne soutient plus aujourd’hui que deux d’entre elles : une à Kinshasa et l’autre à Kisangani, en l’occurrence Taccems. Un privilège que le groupe entend honorer en poursuivant sa mission de développement culturel durable.

Trente ans après sa création, Taccems incarne un modèle de résilience et d’innovation dans un environnement souvent marqué par le désengagement institutionnel envers la culture. Avec des projets structurants, un réseau actif, et des partenariats solides, le groupe trace la voie d’un avenir prometteur pour les arts vivants dans l’Est de la RDC.

Laurent Kangisa.