Environnement: Kisangani accueille la 11e Table ronde sur la foresterie communautaire, entre espoirs et défis persistants.

Laurent Kangisa

La ville de Kisangani, capitale provinciale de la Tshopo, abrite depuis ce mardi 11 septembre 2025, la 11e édition de la table ronde multi-acteurs sur la foresterie communautaire en République démocratique du Congo. Un rendez-vous national majeur, placé sous le sceau de la réflexion collective, du partage d’expériences et du renforcement de la gouvernance forestière locale.

Organisées par l’ONG Tropenbos RDC, avec l’appui technique et financier de Tenure Facility, ces assises réunissent une large diversité d’acteurs : représentants des communautés locales et peuples autochtones venus des provinces du Nord-Kivu (territoires de Beni et Walikale), de Kinshasa, du Bas-Uélé, et de plusieurs territoires de la Tshopo, notamment Banalia, Isangi, Ubundu, Bafwasende et Basoko.

Un enjeu stratégique pour le développement local

En ouvrant les travaux, le vice-gouverneur de la Tshopo, Didier Lomoyo Iteku, a souligné la volonté du gouvernement provincial de « s’approprier les recommandations » issues de cette rencontre, saluant l’importance stratégique de la foresterie communautaire dans le développement local et la lutte contre la pauvreté.

Depuis la promulgation du décret de 2014 encadrant les concessions forestières des communautés locales (CFCL), la RDC a octroyé 249 CFCL, couvrant plus de 5,1 millions d’hectares de forêts à travers 15 provinces. À elle seule, la Tshopo compte 14 concessions pour environ 400 000 hectares, réparties notamment dans les secteurs de Bekeni-Kondolole, Bakundumu (territoire de Bafwasende) et Yalikandja-Yanonge (territoire d’Isangi). Une trentaine d’autres dossiers sont en attente de validation au niveau provincial.

Une table ronde pour faire le point, partager et innover

L’objectif principal de cette table ronde est de favoriser un dialogue inclusif autour des enjeux liés à la foresterie communautaire : cadre légal et réglementaire, procédures d’attribution, de gestion et d’exploitation, état des lieux par province, mécanismes de financement, prévention des conflits fonciers, ou encore valorisation des paiements pour services environnementaux, notamment les marchés carbone.

Au programme également : partage d’expériences terrain, leçons apprises et réflexion sur les bonnes pratiques d’accompagnement des communautés locales et des peuples autochtones, acteurs de premier plan dans la conservation des ressources forestières.

Des défis encore nombreux

Mais malgré les avancées, les participants s’accordent à dire que la foresterie communautaire en RDC reste confrontée à des défis structurels majeurs, particulièrement dans la Tshopo.

Parmi les obstacles évoqués :

Lenteur administrative dans le traitement des dossiers de demande,

Manque de moyens techniques, logistiques et financiers pour le suivi et le contrôle des CFCL,

Influence négative de certaines personnalités locales ou allochtones, compromettant la transparence du processus,

Conflits fonciers intercommunautaires liés à l’absence de délimitation claire des terroirs coutumiers,

Réduction des espaces disponibles pour les CFCL à cause de l’attribution massive de concessions industrielles, forestières ou agricoles,

Faible collaboration entre les parties prenantes, exploitation minière incontrôlée, etc.

Une initiative soutenue par un large partenariat

Pour faire face à ces défis, les organisateurs misent sur une coordination multi-acteurs renforcée, avec la participation active de plusieurs partenaires : le CAGDFT, le Réseau Ressources Naturelles (RRN), le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat, à travers la division de la foresterie communautaire et la coordination provinciale de l’environnement de la Tshopo. Le tout avec le concours de partenaires techniques et financiers comme Tenure Facility, Rainforest Foundation UK (RFUK) et Rainforest Foundation Norway (RFN).

À l’heure où les pressions sur les forêts tropicales s’intensifient, cette table ronde apparaît comme une opportunité cruciale pour redéfinir les stratégies d’appui aux communautés locales, véritables gardiennes de la biodiversité congolaise. Le succès de la foresterie communautaire dépendra toutefois d’un engagement politique fort, d’une meilleure gouvernance locale, et d’un appui durable aux populations qui vivent de — et avec — la forêt.

Laurent Kangisa.