La gouvernance forestière congolaise s’apprête à franchir un cap majeur. Le professeur Jean-Denis Likwandjandja, conseiller principal du gouverneur ad intérim en charge de l’Environnement, a présidé jeudi à Kisangani l’ouverture d’un atelier de sensibilisation dédié aux dispositions du Code forestier et à ses mesures d’application. La rencontre s’est tenue en présence d’une délégation de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE-RDC), porteuse d’un élargissement stratégique du champ de divulgation de l’Initiative.
Organisée avec l’appui du secrétariat national de l’ITIE, la session marque une étape décisive : pour la première fois, la foresterie – longtemps marginalisée dans les rapports de transparence concentrés principalement sur les secteurs minier et pétrolier – entre dans le périmètre officiel de reporting.
Un nouvel horizon pour la transparence forestière
Dans son allocution, le professeur Likwandjandja a rappelé le rôle central de la République démocratique du Congo dans le processus REDD+ depuis 2009. Le pays ambitionne de stabiliser son couvert forestier à 63,5 % d’ici 2030, conformément à la Stratégie-cadre nationale adoptée en 2012 et alignée sur les Objectifs de développement durable ainsi que l’Accord de Paris.
Il a souligné que l’intégration du secteur forestier au rapportage ITIE permettra de renforcer la redevabilité et la bonne gouvernance dans la gestion des ressources naturelles du pays :
« L’intégration du secteur forestier dans les rapports ITIE permettra d’améliorer la redevabilité, de renforcer la confiance entre les acteurs et de favoriser une meilleure gestion de cette ressource essentielle », a-t-il déclaré.
Des défis structurels toujours présents
Prenant à son tour la parole, Mme Nana Kidikila, chef de bureau à l’Environnement et membre de la délégation ITIE, a mis en lumière les défis persistants auxquels font face les acteurs du secteur : exploitants industriels et artisanaux, administrations publiques, communautés locales et organisations de la société civile.
Elle a rappelé que la Norme ITIE 2023 impose des obligations strictes en matière de divulgation, de documentation et de suivi de toute la chaîne de valeur forestière. Pour répondre à ces exigences, une transformation profonde est nécessaire :
Renforcement des capacités des services publics et des opérateurs privés ;
Appropriation des principes ITIE par l’ensemble des parties prenantes ;
Dialogue accru entre autorités, entreprises et société civile afin d’assurer une gouvernance inclusive.
Un atelier stratégique pour la Tshopo et au-delà
La délégation, mandatée par le Coordonnateur national de l’ITIE-RDC, accompagne la province de la Tshopo dans cette transition vers un reporting plus large et plus transparent. L’atelier réunit des points focaux de divers services de l’État, des exploitants forestiers industriels et artisanaux ainsi que des acteurs engagés dans toute la chaîne de valeur.
Les objectifs fixés pour cette session sont clairs :
Intégrer formellement le secteur forestier dans le périmètre ITIE-RDC ;
Sensibiliser les différentes parties prenantes aux exigences de transparence imposées par l’Initiative ;
Renforcer les compétences techniques et institutionnelles nécessaires à une participation active au processus.
Vers une gouvernance plus durable et responsable
Dans son message d’ouverture, le professeur Likwandjandja a encouragé les participants à s’impliquer pleinement pour identifier les obstacles majeurs du secteur et proposer des solutions adaptées.
« Cet atelier est une opportunité pour améliorer la transparence, renforcer la bonne gouvernance et assurer une gestion durable de nos forêts, patrimoine vital pour la présente et les futures générations », a-t-il souligné.
L’ITIE-RDC espère que cette dynamique ouvrira la voie à un reporting élargi, considéré comme un levier essentiel pour lutter contre l’exploitation illégale, optimiser la collecte des revenus forestiers et promouvoir un développement véritablement durable dans la province de la Tshopo et à l’échelle nationale.
Laurent Kangisa.