RDC : vers l’opérationnalisation du Conseil National du Genre et de la Parité, un tournant attendu pour l’effectivité de la loi sur la parité.

Laurent Kangisa

À Kinshasa, un pas décisif vient d’être franchi dans la longue marche vers l’égalité entre les femmes et les hommes en République démocratique du Congo. Réunis dans la capitale, acteurs institutionnels, organisations féministes et partenaires techniques ont participé à un atelier de plaidoyer en faveur de l’instauration du Conseil National du Genre et de la Parité (CNGP), mécanisme clé pour rendre pleinement effective la loi n°15/013 du 1er août 2015 relative aux droits de la femme et à la parité.

Parmi les participants figurait le Point Focal du Mouvement Rien Sans les Femmes au Kasaï Central, témoignant de l’implication active des provinces dans ce processus stratégique pour la gouvernance inclusive du pays.

Un décret attendu depuis près d’une décennie

Organisé par le Ministère du Genre, Famille et Enfant, en collaboration avec d’autres ministères, le Mouvement Rien Sans les Femmes et UWEMA ASBL, avec l’appui financier de la Friedrich Ebert Stiftung, l’atelier avait pour objectif d’examiner et d’enrichir le projet de décret fixant le mécanisme de mise en œuvre de la loi sur la parité.

Adoptée il y a près de dix ans, la loi n°15/013 demeure en grande partie inappliquée faute de mécanismes institutionnels opérationnels. L’absence d’un organe structuré chargé de veiller à son application a créé un vide institutionnel qui freine l’avancée concrète des droits des femmes dans les sphères politique, administrative et économique.

Les travaux en plénière et en groupes thématiques ont permis d’apporter des contributions jugées constructives et consensuelles au texte du projet de décret. Au terme des échanges, les participants ont validé le document, marquant ainsi une étape majeure vers l’opérationnalisation du Conseil National du Genre et de la Parité.

Un organe stratégique pour la démocratie congolaise

Le futur CNGP est appelé à devenir l’organe technique et stratégique chargé de promouvoir, suivre et évaluer la mise en œuvre effective de la parité en RDC. Sa création vise à renforcer la cohérence des politiques publiques en matière de genre et à garantir un meilleur respect des engagements nationaux et internationaux du pays.

Pour les organisations engagées dans le plaidoyer, l’installation du CNGP ne relève plus du simple engagement politique : elle constitue une exigence démocratique.

« L’installation du CNGP n’est pas une option, c’est une exigence pour l’émergence démocratique de la RDC », ont insisté plusieurs intervenants, rappelant que la parité est un levier central de gouvernance inclusive et de stabilité institutionnelle.

Des recommandations claires aux autorités

Au-delà de la validation technique du projet de décret, l’atelier a débouché sur une feuille de route de plaidoyer assortie de recommandations précises à l’endroit des autorités nationales :

À la Première Ministre : procéder à la signature immédiate du décret fixant les modalités d’organisation et de fonctionnement du Comité interministériel et du CNGP, afin de combler le vide institutionnel persistant ;

Au Ministère du Genre : accélérer la mise en place du Comité interministériel, étape transitoire essentielle vers l’installation formelle du Conseil ;

Aux parlementaires : inscrire le financement des organes de parité dans la loi de finances, condition indispensable pour garantir leur autonomie, leur crédibilité et leur fonctionnement effectif.

La question budgétaire apparaît en effet comme un enjeu déterminant. Sans allocation spécifique et pérenne, le CNGP risquerait de rejoindre la longue liste des structures créées sans moyens réels d’action.

Prochaine étape : la mise en œuvre du plaidoyer

Avec la validation du projet de décret, le processus entre désormais dans une phase politique décisive. La mise en œuvre de la feuille de route de plaidoyer devra mobiliser à la fois la société civile, les institutions publiques et les partenaires techniques.

Pour les militantes et militants du Kasaï Central comme d’autres provinces, l’enjeu dépasse la simple création d’un organe administratif. Il s’agit d’inscrire durablement l’égalité de genre au cœur de l’architecture institutionnelle congolaise.

Depuis Kananga, l’espoir est désormais que les engagements pris à Kinshasa se traduisent rapidement en actes concrets. Car pour nombre d’observateurs, la crédibilité de la loi sur la parité – et, au-delà, celle de la gouvernance démocratique – se joue dans la capacité des autorités à transformer ce projet de décret en réalité institutionnelle.

Doly MUNTU, depuis Kananga