Sur invitation du Corps des notables de la Tshopo, filles et fils de la province se sont retrouvés ce dimanche au restaurant de l’hôtel Congo Palace à Kisangani, à l’occasion d’un échange de vœux placé sous le signe de l’unité et de la réflexion collective. Loin d’un simple rendez-vous protocolaire, cette rencontre s’est voulue un moment de vérité et de projection, au cours duquel les participants ont plaidé pour le dépassement des clivages politiques, religieux et des conflits interpersonnels, afin de « réfléchir la Tshopo » et lui redonner un cap.

Dès l’entame des échanges, le diagnostic posé sur la situation de la province a été sans complaisance. La Tshopo détient, selon les notables, un triste record d’instabilité institutionnelle. En neuf années d’existence, la province a organisé cinq élections de gouverneur et vice-gouverneur. « Ce qui ramène la durée moyenne du mandat d’un gouverneur à 18 mois », a déploré maître Joseph Tofendo, rapporteur du Corps des notables de la Tshopo. Pour lui, cette instabilité chronique a lourdement hypothéqué le décollage de la province. « Une autopsie de la province s’impose afin d’identifier les responsabilités et d’administrer une véritable thérapie de choc », a-t-il martelé.
Dans la même dynamique, le président du Corps des notables, Albert Bonane, a insisté sur le caractère décisif de l’année 2026, qu’il qualifie d’année de l’affirmation des enfants de la Tshopo. Il a appelé ses compatriotes à se débarrasser de l’étiquette tenace selon laquelle ils seraient incapables de s’unir pour prendre leur destin en main.
Si l’ensemble de la notabilité présente s’est montrée favorable à l’idée de se mettre ensemble, le professeur Jean-Claude Esuka, directeur général de l’Institut supérieur de commerce (ISC-Kisangani), a formulé une recommandation structurante. Il a proposé de donner mandat au Corps des notables, avec l’implication d’autres figures de la province, pour réfléchir à l’organisation d’un nouveau forum provincial, après celui de 2015 tenu à l’aube de la création de la Tshopo. Ce forum devrait, selon lui, s’appuyer sur des termes de référence clairs, articulés autour de deux objectifs majeurs : une autoévaluation de la province dix ans après sa création et l’adoption d’un cadre consensuel définissant la structure appelée à devenir le porte-voix de la Tshopo, à l’image de ce qu’a été le Club de la Tshopo.

Pour le professeur Esuka, la mise en place d’une telle structure est une nécessité dans un monde régi par une compétition permanente. S’inspirant de la loi de la sélection naturelle de Darwin, il a rappelé que seuls les plus forts survivent. Il a, à cet effet, emprunté une métaphore au romancier et dramaturge franco-belge Éric-Emmanuel Schmitt, évoquant la « compétition des dents et de l’estomac » : soit on est le mangé( proie) , soit on est mangeur ( prédateur). Et de s’interroger : « Dans cette compétition, la Tshopo va-t-elle avancer tête baissée, comme une proie, ou tête haute, comme un prédateur ? »
Au nom des députés nationaux, le professeur Patrick Matata Makalamba a appuyé cette analyse, appelant à une réflexion profonde et sans complaisance. Selon lui, la Tshopo doit d’abord identifier ce qu’elle veut réellement et compter sur ses propres fils et filles si elle espère renouer avec le passé glorieux évoqué par le notable Aubain Mbalanga, gouverneur honoraire du Katanga (ex-Shaba) sous la Deuxième République. « La province doit changer aujourd’hui en faisant les choses autrement : travailler ensemble, bannir les divisions et les guerres inutiles pour viser l’excellence », a-t-il insisté.
Présent à ces assises, le gouverneur de province, Paulin Lendongolia, a salué l’initiative des notables et a invité chacun à apporter sa pierre à l’édifice de cette future structure fédératrice. Pour lui, la priorité, une fois cette structure créée, sera de lui doter d’un siège. Il s’est dit prêt à y apporter personnellement sa contribution.

Clôturé par un repas familial, cet échange de vœux a réuni plusieurs personnalités politiques, économiques, scientifiques et religieuses, parmi lesquelles le chargé de missions du Chef de l’État, le docteur André Didier Baituapala, ainsi que des représentants des honorables Théoveul Lotika et Fontaine Mangala.
Pour rappel, le Corps des notables de la Tshopo a été créé en 2017 à l’initiative de feu Joël Bafandu, premier président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, de feu Philippe Aluta, d’Albert Bonane et de David Bosimba. Une structure qui, au regard des défis évoqués, semble plus que jamais appelée à jouer un rôle central dans la recomposition du destin collectif de la province.
Laurent Kangisa.