Assemblée nationale : le dossier des indemnités des membres des cabinets Kamerhe-Munongo éclabousse Aimé Boji

Laurent Kangisa

Le dossier des indemnités de sortie des anciens membres des cabinets de Vital Kamerhe et de Dominique Munongo prend une tournure préoccupante à l’Assemblée nationale. Neuf mois après son accession au perchoir, Aimé Boji Sangara se retrouve interpellé sur la gestion des droits des anciens collaborateurs de l’équipe précédente. Au cœur de la controverse, une accusation particulièrement lourde : certains lui reprochent de vouloir « croquer » les indemnités destinées aux anciens membres des cabinets. Une allégation qui, si elle est formulée publiquement, appelle des explications précises et des éléments vérifiables.
Le départ de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale, en septembre 2025, avait marqué un tournant dans la vie de la Chambre basse. Dans son sillage, plusieurs collaborateurs de son cabinet, ainsi que ceux de la rapporteure adjointe Dominique Munongo, avaient également cessé leurs fonctions.
Quelques semaines plus tard, Aimé Boji Sangara prenait les commandes de l’institution. Avec cette succession, le nouveau Bureau héritait également de plusieurs dossiers administratifs et financiers laissés en suspens par l’ancienne équipe.
Parmi les plus sensibles figure le règlement des décomptes finaux et des indemnités de sortie des anciens collaborateurs.
Un dossier qui met le Bureau Boji sous pression
Les anciens membres concernés réclament le paiement de leurs droits. Mais avant tout décaissement, plusieurs questions doivent être clarifiées : qui sont les bénéficiaires ? Quels sont les montants réellement dus ? Les listes ont-elles été vérifiées ? Quels montants ont déjà été engagés ou éventuellement décaissés ?
Pour le Bureau de l’Assemblée nationale, l’équation est délicate.
D’un côté, les collaborateurs qui remplissent les conditions prévues par les textes ont vocation à bénéficier des droits liés à la cessation de leurs fonctions. De l’autre, l’institution doit s’assurer que chaque paiement repose sur une situation administrative régulière et sur des justificatifs dûment établis.
Le véritable enjeu consiste donc à concilier respect des droits acquis et protection des finances publiques.
Les zones d’ombre autour des listes
La question des listes des bénéficiaires constitue l’un des points sensibles du dossier.
L’Assemblée nationale doit pouvoir établir avec précision l’identité des personnes concernées, leurs fonctions, leur période de service ainsi que les indemnités auxquelles elles peuvent légalement prétendre.
Cette vérification permet notamment d’écarter les doublons, les erreurs administratives ou les éventuels cas de personnes figurant indûment dans les fichiers.
Mais l’opération d’assainissement ne devrait pas non plus devenir un prétexte à un blocage prolongé des droits des anciens collaborateurs dont les situations seraient régulièrement établies.
Le Bureau Boji se trouve ainsi face à une double exigence : nettoyer les fichiers sans léser les bénéficiaires légitimes.
« Croquer » les indemnités : une accusation qui interpelle
C’est dans ce contexte que le terme « croquer » est apparu dans les accusations visant le président de l’Assemblée nationale.
L’expression est lourde de sens. Elle suggère qu’une partie des fonds destinés aux anciens collaborateurs pourrait faire l’objet d’une utilisation irrégulière ou d’une appropriation qui ne correspondrait pas à leur destination initiale.
À ce stade, une telle accusation ne saurait toutefois être présentée comme un fait établi sans éléments probants.
Elle soulève néanmoins une série de questions auxquelles le Bureau de l’Assemblée nationale pourrait répondre pour lever toute ambiguïté : quelle enveloppe est prévue ? Combien de bénéficiaires sont concernés ? Quel montant a été validé ? Quels paiements ont déjà été effectués ? Existe-t-il un reliquat ? Et, surtout, quelle est la traçabilité des fonds mobilisés ?
La réponse à ces questions permettrait de distinguer une véritable anomalie financière d’une polémique politique née du retard ou des difficultés de règlement du dossier.
Un dossier à forte dimension politique
Cette affaire ne peut pas non plus être dissociée du contexte politique dans lequel elle intervient.
Vital Kamerhe demeure une figure importante de la majorité présidentielle. Le traitement réservé aux anciens membres de son cabinet est donc susceptible d’être observé bien au-delà des seuls services administratifs de l’Assemblée nationale.
Un retard prolongé pourrait alimenter les soupçons de règlement de comptes. À l’inverse, un paiement effectué sans suffisamment de transparence pourrait susciter des interrogations sur la gestion des ressources publiques.
Dans les deux cas, le Bureau Boji aurait intérêt à privilégier une procédure claire, documentée et identique pour tous les anciens collaborateurs concernés.
Un véritable test pour Aimé Boji
Au-delà des querelles politiques, le dossier des indemnités constitue surtout un test de gouvernance pour le président de l’Assemblée nationale.
La question fondamentale n’est pas uniquement de savoir s’il faut payer ou non. Il s’agit de déterminer qui a droit à quoi, sur quelle base juridique et pour quel montant.
Si les droits sont établis, ils doivent être réglés conformément aux textes. Si des irrégularités sont découvertes, elles doivent être corrigées. Et si des fonds ont déjà été décaissés, leur utilisation doit pouvoir être justifiée et retracée.
Pour Aimé Boji, la transparence apparaît dès lors comme la meilleure réponse aux accusations.
Une clarification sur le nombre de bénéficiaires, les montants concernés, l’état des paiements et les procédures appliquées permettrait de mettre fin aux spéculations et de préserver la crédibilité du Bureau de l’Assemblée nationale.
Car au-delà du cas Kamerhe-Munongo, c’est la capacité de la Chambre basse à gérer ses propres ressources avec rigueur, transparence et responsabilité qui se trouve aujourd’hui en jeu.

Bienvenu Musoko