RDC : Bruno Mandefu Malanganyo plaide pour une stratégie globale face aux groupes armés dans l’Est.

Laurent Kangisa

La prolifération des groupes armés dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de peser lourdement sur la sécurité du territoire national et sur les perspectives de développement de l’État. Dans un mémoire consacré aux menaces qui pèsent sur les espaces stratégiques du pays, le général Bruno Mandefu Malanganyo préconise une approche globale, combinant réponse sécuritaire, gouvernance, gestion des ressources naturelles et coopération régionale.

Intitulé « Menaces des groupes armés sur les espaces vitaux en RDC : stratégie de sécurisation du territoire national », le travail de recherche analyse l’impact des groupes armés sur les espaces considérés comme essentiels à la souveraineté et au développement de la RDC. Le chercheur s’intéresse particulièrement aux provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où l’insécurité demeure un défi majeur pour l’État congolais.

Des espaces stratégiques sous pression

Dans son étude, Bruno Mandefu Malanganyo entend par « espaces vitaux » les zones stratégiques dont la maîtrise est indispensable au fonctionnement et à la stabilité de l’État. Il cite notamment les zones riches en ressources naturelles, les corridors commerciaux ainsi que les espaces frontaliers.

Ces territoires sont particulièrement exposés à l’activisme des groupes armés. Le chercheur en identifie une centaine actifs dans l’Est du pays, selon les données mobilisées dans son étude. Leur présence est favorisée, relève-t-il, par la faiblesse de la gouvernance sécuritaire, mais également par la porosité des frontières.

Cette situation permet à certains groupes armés de s’implanter dans des zones stratégiques, de tirer profit de l’exploitation de certaines ressources naturelles et d’instaurer des mécanismes de taxation informelle auprès des populations et des acteurs économiques.

Au-delà de la question militaire, l’enjeu est donc aussi celui du contrôle effectif du territoire national et de la préservation des intérêts stratégiques de l’État congolais.

Renforcer les capacités des FARDC

Face à cette situation, le général Bruno Mandefu Malanganyo estime que la sécurisation durable du territoire ne peut reposer sur des interventions militaires ponctuelles. Elle doit, selon son analyse, s’inscrire dans une stratégie nationale cohérente et de long terme.

Parmi les priorités identifiées figure le renforcement des capacités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Il s’agit notamment de permettre à l’armée de mieux assurer la protection des populations, des frontières et des espaces stratégiques du pays.

Mais l’approche proposée dépasse le seul cadre militaire. Le chercheur insiste également sur la nécessité d’améliorer la gouvernance territoriale, de renforcer la présence effective de l’État dans les zones affectées par les conflits et d’assurer une gestion plus transparente des ressources naturelles.

La dimension régionale au cœur de la réponse

La problématique des groupes armés dans l’Est de la RDC revêt également une dimension régionale. Dans son mémoire, Bruno Mandefu Malanganyo souligne ainsi l’importance d’une coopération sécuritaire efficace entre la RDC et les États voisins.

Il cite notamment le Rwanda et l’Ouganda, dont l’implication dans les dynamiques sécuritaires de l’Est congolais demeure un sujet particulièrement sensible. Le chercheur relève par ailleurs que certains groupes armés opérant sur le territoire congolais sont d’origine étrangère.

Pour lui, une stratégie de sécurisation efficace doit donc prendre en compte les dimensions transfrontalières du conflit. La lutte contre les groupes armés ne saurait être durablement efficace sans une coordination entre les États de la région, notamment en matière de sécurisation des frontières, de lutte contre les trafics et de prévention des mouvements transfrontaliers des groupes armés.

Au-delà de la réponse militaire

L’une des principales conclusions de cette recherche est que la stabilité de la RDC ne peut être obtenue par la seule force militaire.

Le général Bruno Mandefu Malanganyo défend une approche multidimensionnelle reposant également sur des politiques publiques capables de restaurer progressivement l’autorité de l’État dans les territoires affectés par les conflits. Cette restauration de l’autorité publique devrait aller de pair avec des politiques de développement socio-économique au bénéfice des populations locales.

L’idée est de s’attaquer aux facteurs qui entretiennent durablement l’instabilité : faiblesse des institutions locales, pauvreté, absence ou insuffisance des services publics, exploitation illicite des ressources et fragilité des mécanismes de contrôle territorial.

Ainsi, la sécurisation des espaces vitaux apparaît, dans son analyse, comme une question à la fois militaire, politique, économique, institutionnelle et régionale.

Une recherche couronnée par une « Grande distinction »

La réflexion du général Bruno Mandefu Malanganyo intervient dans le prolongement des travaux menés depuis plusieurs années par différents chercheurs sur les conditions de stabilité et de sécurisation de la République démocratique du Congo.

À l’issue de la soutenance de son mémoire d’études supérieures en relations internationales, consacré aux menaces des groupes armés sur les espaces vitaux de la RDC et aux stratégies de sécurisation du territoire national, le chercheur a obtenu la mention « Grande distinction ».

Le travail a été dirigé par les professeurs ordinaires Mwayila Tshiyembe et Casimir Ngumbi Kitete, respectivement promoteur et co-promoteur.

À travers cette étude, Bruno Mandefu Malanganyo remet au centre du débat la question du contrôle des espaces stratégiques de la RDC et plaide, en définitive, pour une réponse qui dépasse l’urgence militaire : restaurer l’autorité de l’État, sécuriser les territoires, protéger les ressources et créer les conditions d’un développement durable dans les régions affectées par les conflits.

Laurent Kangisa.