ACEAC: à Kisangani, les femmes au cœur de la réflexion sur les causes profondes des conflits et la construction de la paix.

Laurent Kangisa

Environ 45 femmes issues de structures ecclésiales, de la société civile, du monde scientifique et des communautés locales ont pris part, du 21 au 22 octobre 2026, à un atelier de réflexion consacré à l’autonomisation financière des femmes et des jeunes filles comme levier de participation aux processus de paix dans la région des Grands Lacs. Une initiative portée par l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC), avec l’appui financier d’Alert International.

Placer les femmes et les jeunes filles au centre des stratégies de prévention et de résolution des conflits : tel est l’un des enjeux de l’atelier organisé à Kisangani par l’Association des conférences épiscopales de l’Afrique centrale (ACEAC), dans le cadre de son projet consacré aux causes profondes des conflits et à la participation aux processus de paix dans la sous-région des Grands Lacs.

Pendant deux jours, les 20 et 21 octobre, environ 45 participantes venues de la ville de Kisangani, ainsi que des territoires de Bafwasende et d’Isangi, dans la province de la Tshopo, ont échangé sur les facteurs structurels et historiques qui alimentent les conflits dans la région. Issues des structures ecclésiales, des organisations de la société civile, du monde scientifique et des communautés locales, elles ont notamment examiné les liens entre l’autonomisation économique des femmes, l’accès aux opportunités et la consolidation d’une paix durable.

Aller au-delà de la gestion des crises

Pour l’ACEAC, les réponses apportées jusqu’ici aux crises récurrentes dans la région des Grands Lacs demeurent insuffisantes lorsqu’elles se limitent à la gestion des manifestations immédiates des conflits. Les affrontements armés, les violences intercommunautaires, les violations des droits humains et l’insécurité persistante, particulièrement dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), appellent également une analyse approfondie de leurs causes structurelles.

L’organisation catholique entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des dynamiques qui entretiennent les conflits, tout en identifiant les facteurs susceptibles de favoriser la réconciliation, la cohésion sociale et la paix.

Cette démarche repose sur un travail d’identification, de documentation et de validation scientifique et communautaire des moteurs des conflits et des facteurs positifs pouvant soutenir les processus de paix. Elle vise à produire une lecture plus complète des crises, en tenant compte des réalités vécues par les populations concernées.

L’autonomisation économique, un levier de paix

À Kisangani, les discussions ont notamment porté sur les questions de gouvernance, de gestion des ressources naturelles, d’exclusion socio-économique et d’accès limité aux opportunités pour les jeunes. Autant de problématiques qui, lorsqu’elles ne trouvent pas de réponses durables, peuvent contribuer à fragiliser le tissu social et à entretenir les tensions.

Les participantes ont également documenté les facteurs de vulnérabilité auxquels sont confrontées les communautés, tout en mettant en évidence les mécanismes locaux de résilience et de cohésion sociale susceptibles de soutenir les initiatives de paix.

L’accent mis sur l’autonomisation financière des femmes et des jeunes filles traduit la volonté d’examiner les dimensions économiques et sociales de leur participation à la prévention des conflits. L’accès aux ressources, aux activités génératrices de revenus et aux opportunités économiques constitue, dans cette perspective, un enjeu à intégrer aux réflexions sur la paix et la stabilité.

Au-delà de leur rôle au sein des familles et des communautés, les femmes sont appelées à prendre une place plus importante dans les espaces de dialogue, de décision et de médiation. Leur implication permet également de mieux prendre en compte les expériences des groupes souvent marginalisés dans les approches traditionnelles de résolution des conflits.

Une démarche régionale dans les pays des Grands Lacs

L’atelier de Kisangani s’inscrit dans une série de consultations organisées dans plusieurs villes de la région des Grands Lacs, à travers les trois pays concernés par cette démarche dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

En République démocratique du Congo, outre Kisangani, Lubumbashi et Goma ont accueilli ces rencontres. Kigali, au Rwanda, et Bujumbura, au Burundi, figurent également parmi les villes retenues pour ces ateliers, articulés autour de thématiques spécifiques.

À travers cette approche régionale, l’ACEAC entend favoriser la prise en compte des réalités locales et encourager une réflexion inclusive sur les facteurs qui alimentent les conflits, mais aussi sur les ressources sociales, communautaires et institutionnelles susceptibles de contribuer à leur prévention.

L’inclusion des femmes et des jeunes constitue un axe important de cette démarche, ces catégories ayant souvent été insuffisamment associées aux processus de réflexion et de décision relatifs à la paix.

Cap sur un forum régional à Bujumbura en novembre

À l’issue de ces ateliers, les participantes doivent se retrouver en novembre prochain à Bujumbura, au Burundi, pour un forum consacré à la poursuite de cette réflexion régionale.

Selon le secrétaire général de l’ACEAC, l’abbé Jean-Pierre Badidike, cette rencontre permettra aux femmes de poursuivre les échanges engagés lors des ateliers.

Ce rendez-vous devrait ainsi offrir un cadre de convergence aux réflexions menées dans les différentes villes et contribuer à faire émerger des pistes communes en faveur d’une participation plus effective des femmes aux processus de paix.

Soutenue financièrement par Alert International, l’initiative s’inscrit dans une perspective de recherche de solutions durables aux crises qui affectent la région des Grands Lacs.

Dans une région confrontée à des cycles récurrents de violences et d’instabilité, l’enjeu ne consiste plus seulement à répondre aux urgences sécuritaires. Il s’agit aussi de comprendre les ressorts historiques, politiques et socio-économiques des conflits, tout en renforçant les capacités des communautés à construire des réponses inclusives.

À Kisangani, les réflexions menées par les participantes rappellent ainsi que la paix durable ne saurait se limiter à l’absence de combats : elle suppose également la réduction des inégalités, l’accès équitable aux opportunités et la participation effective des femmes et des jeunes aux décisions qui engagent l’avenir de leurs communautés.

Laurent Kangisa