Justice : La voix des avocats du Barreau de la Tshopo entendue par le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux.

Laurent Kangisa

En séjour dans la province de la Tshopo, le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a accordé une audience à une délégation du Conseil de l’Ordre du Barreau de la Tshopo. La rencontre, tenue ce vendredi à Kisangani, a permis aux avocats de faire entendre leurs préoccupations sur le fonctionnement de la justice dans la région et sur la gestion du Fonds de réparation des victimes des conflits armés (Frivao).

Un diagnostic sans complaisance du système judiciaire

Les échanges ont mis en lumière les nombreux défis auxquels fait face la justice dans le ressort de l’ex-Province Orientale, particulièrement dans la Tshopo.
Selon le Conseil de l’Ordre, la « justice est malade », un constat déjà relevé par le Chef de l’État dans ses précédentes déclarations.

Parmi les principaux maux dénoncés figurent :

la carence des juges dans plusieurs juridictions, entraînant des retards dans le traitement des dossiers ;

la complaisance disciplinaire au sein de la magistrature ;

une corruption endémique touchant diverses juridictions et offices ;

la hausse des frais de consignation, passés de 10 à 50 dollars, privant nombre de citoyens de l’accès à la justice ;

la mauvaise gestion des dossiers, notamment dans les affaires foncières et immobilières ;

le non-respect des horaires et délais de prononcé des jugements, conduisant à des détentions prolongées ;

la vétusté des infrastructures judiciaires ;

les interférences dans l’exécution des décisions de justice et les interruptions intempestives des audiences.

Face à ce constat, le Barreau de la Tshopo entend s’inscrire dans la dynamique nationale impulsée par le Bâtonnier du Conseil national de l’Ordre des avocats, en mettant en place une Commission de lutte contre la corruption et les antivaleurs afin d’assainir les pratiques au sein de la profession.

Le dossier Frivao au centre des préoccupations

Le second volet des discussions a porté sur la gestion du Frivao, un établissement public chargé de l’indemnisation des victimes des guerres.
Le Barreau a rappelé que ce fonds, par décret, devait être administré par un Comité de gestion issu de la société civile, conformément aux dispositions légales.
Cependant, la composition actuelle, mise en place par le Ministre Constant Mutamba, ne respecterait pas ces prescrits.

Les avocats ont également dénoncé les irrégularités observées dans le processus d’indemnisation, notamment la corruption, le clientélisme, le favoritisme et les rétrocommissions au niveau des agents du Frivao et de certaines institutions financières associées aux paiements.

Le Barreau a plaidé pour une gestion plus transparente et rigoureuse du Fonds, estimant que seule une réforme crédible pourrait restaurer la confiance des victimes et des partenaires internationaux.

Des engagements fermes du Ministre de la Justice

Très attentif aux doléances exprimées, le Ministre Guillaume Ngefa a salué la démarche du Barreau et a promis de s’impliquer personnellement pour apporter des réponses concrètes.
Il a souligné que la lutte contre la corruption constituera son cheval de bataille, avertissant que la persistance de ces pratiques pourrait compromettre le versement par l’Ouganda de la troisième tranche des fonds destinés à l’indemnisation des victimes congolaises.

« Je serai intransigeant sur la question de la corruption », a déclaré le Garde des Sceaux, invitant les avocats à montrer l’exemple dans cette lutte.

Une rencontre conviviale et pleine de promesses

La rencontre s’est déroulée dans une atmosphère conviviale et empreinte de respect mutuel.
Au terme des échanges, la délégation du Barreau de la Tshopo a formulé ses vœux de plein succès au Ministre Ngefa dans l’exercice de ses fonctions.
Celui-ci, de son côté, a réaffirmé sa disponibilité à poursuivre le dialogue avec les acteurs judiciaires pour bâtir une justice plus équitable et plus proche des citoyens.

La Rédaction