
En séjour de travail dans la province de la Tshopo, le gouverneur du Maniema, Moïse Musa Kambwangubi, a échangé, mardi 18 août 2026, avec les ressortissants de sa province vivant à Kisangani, réunis au sein de la Dynamique des ressortissants du Maniema (Dyrema).
La rencontre, organisée dans la salle des fêtes de la cathédrale Notre-Dame-du-Très-Saint-Rosaire, s’est transformée en un long exercice de reddition des comptes. Pendant plus de quatre heures, le chef de l’exécutif provincial a présenté aux siens la situation du Maniema à son arrivée aux commandes, les actions entreprises depuis lors ainsi que les perspectives qu’il entend mettre en œuvre pour accélérer le développement de la province.
Une province confrontée à une crise profonde
Revenant sur les conditions dans lesquelles il dit avoir trouvé la province, Moïse Musa Kambwangubi a dressé un tableau particulièrement préoccupant.
Selon lui, le Maniema était alors plongé dans une situation proche de « l’ingouvernabilité », marquée notamment par une crise institutionnelle persistante entre l’Assemblée provinciale et l’exécutif provincial.
À cette crise politique s’ajoutait une insécurité grandissante. Le gouverneur affirme avoir trouvé plus de 250 barrières disséminées à travers la province, auxquelles s’ajoutait une insécurité urbaine devenue préoccupante. Le chômage élevé figurait également parmi les principaux défis auxquels la province était confrontée.
Sur le plan financier, la capacité de mobilisation des recettes provinciales était, selon le gouverneur, particulièrement faible. La régie financière ne produisait alors que 50 000 à 60 000 dollars par mois, limitant fortement les marges de manœuvre de l’administration provinciale.
L’enclavement du Maniema, aggravé par la dégradation avancée du réseau routier, constituait un autre handicap majeur au développement de la province.
« Un nouvel élan » pour le Maniema
Face à ce tableau, le gouverneur estime que son avènement à la tête de la province a marqué le début d’une nouvelle dynamique.
Sur le front sécuritaire, il affirme que la quasi-totalité des barrières qui entravaient la circulation à travers la province ont été supprimées et que l’insécurité urbaine a été maîtrisée.
Dans le domaine des infrastructures, l’exécutif provincial revendique la réhabilitation de plus de 500 kilomètres de routes. Cette politique de désenclavement explique également, selon lui, sa présence à Kisangani, où il séjourne notamment dans le cadre des démarches liées à la réhabilitation de l’axe Kisangani–Ubundu, considéré comme stratégique pour les échanges entre les deux provinces et pour l’ouverture du Maniema.
Le gouverneur a également évoqué la relance du transport ferroviaire. La province, a-t-il indiqué, attend dans les prochains jours l’arrivée de deux à quatre trains, dans le cadre d’un partenariat avec la Tanzanie. Une perspective présentée comme un levier supplémentaire pour faciliter la circulation des personnes et des marchandises.
Des recettes provinciales multipliées
La mobilisation des ressources propres constitue l’un des autres axes mis en avant par le gouverneur.
Moïse Musa Kambwangubi affirme que les recettes provinciales ont connu une progression importante grâce notamment à la taxe conventionnelle appliquée aux minerais et aux produits pétroliers.
D’après les chiffres présentés aux ressortissants du Maniema, les recettes mensuelles seraient désormais comprises entre 500 000 et 600 000 dollars, contre 50 000 à 60 000 dollars auparavant.
Cette hausse des recettes, selon le chef de l’exécutif provincial, devrait permettre à la province de disposer de moyens supplémentaires pour financer ses priorités en matière d’infrastructures et de services sociaux.
L’éducation parmi les priorités
Dans le secteur éducatif, le gouvernement provincial affirme avoir engagé un programme d’amélioration des infrastructures scolaires.
À ce titre, 11 000 tôles ont été remises aux écoles des sept territoires du Maniema afin de contribuer à la réhabilitation et à la modernisation des bâtiments scolaires.
Mais l’ambition affichée par le gouverneur ne s’arrête pas aux infrastructures.
À terme, il envisage la mise en place d’un programme de bourses destiné aux meilleurs lauréats de l’Examen d’État. Le projet prévoit de sélectionner deux lauréats par territoire et un lauréat dans chacune des trois communes, soit 17 bénéficiaires par an.
Chaque boursier devrait recevoir une allocation de 1 000 dollars.
Relier les sept territoires et diversifier l’économie
Pour les prochaines années, Moïse Musa Kambwangubi entend poursuivre le chantier du désenclavement.
Son ambition est de relier les sept territoires du Maniema par un réseau routier praticable et de continuer à plaider auprès du gouvernement central pour l’asphaltage de 500 kilomètres de routes dans la province.
Le gouverneur souhaite également engager une réforme de la régie financière provinciale avec l’appui de la Banque mondiale, afin d’améliorer davantage la mobilisation et la gestion des recettes.
Sur le plan économique, il annonce la création de plusieurs entreprises provinciales, notamment dans les secteurs minier, agricole et environnemental.
Il est notamment question de mettre en place une entreprise minière, une structure spécialisée dans la gestion des crédits carbone ainsi qu’une entreprise agricole. Dans ce dernier secteur, le gouvernement provincial envisage la plantation de 3 000 hectares de cacao, avec l’objectif de renforcer la production agricole et de diversifier l’économie du Maniema.
Les ressortissants interpellent le gouverneur
La rencontre avec la Dyrema n’a pas été une simple présentation du bilan de l’exécutif provincial.
Les participants ont profité de ces échanges à cœur ouvert pour interroger le gouverneur sur différents aspects de la gestion de la province, mais aussi pour formuler des propositions en faveur de son développement.
Durant plus de quatre heures, les préoccupations liées à la situation du Maniema, à ses infrastructures, à son économie, à l’emploi et à l’avenir de sa jeunesse ont ainsi nourri les échanges.
Pour Moïse Musa Kambwangubi, cette rencontre avec les ressortissants de sa province vivant à Kisangani aura surtout permis de présenter sa lecture de la situation du Maniema, de défendre les résultats de son action et de partager une feuille de route dont les maîtres-mots restent le désenclavement, la mobilisation des ressources, la sécurité et la diversification de l’économie provinciale.
Laurent Kangisa