Les filles et fils du territoire de Basoko, réunis au sein de l’Organisation non gouvernementale de développement Union pour le développement de Basoko (UDEBA), montent une nouvelle fois au créneau contre l’exploitation forestière qu’ils qualifient d’« illégale, abusive et sauvage » menée par la société chinoise FODECO dans plusieurs groupements de la chefferie de Yaliwasa.
Au cours d’une déclaration faite devant la presse ce samedi 18 juillet 2026, le président du Conseil d’administration de l’UDEBA, le professeur Antoine Modia O’yandjo, entouré des membres de son organisation, a dressé un réquisitoire sévère contre cette entreprise qu’il accuse de détruire, depuis près de neuf ans, le patrimoine forestier de Basoko, sous le regard « impuissant » des autorités provinciales et nationales.
Une exploitation jugée illégale
Selon le professeur Antoine Modia, le contrat de concession forestière n°003/15 du 16 août 2015 autorise FODECO à exploiter uniquement les forêts des groupements Mokula, Mandjo et Muliele, dans la chefferie de Yaliwasa.
Or, affirme-t-il, la société aurait étendu ses activités bien au-delà du périmètre autorisé, en exploitant également les forêts des groupements Gbakulu, Winawina, Onduka-Opandu et Mohonge, en violation des limites fixées par le contrat de concession.
L’UDEBA soutient également que l’entreprise n’a jamais réalisé les études d’impact environnemental et social pourtant requises avant toute exploitation forestière.
« Un véritable massacre écologique »
Ému, le président du Conseil d’administration de l’UDEBA a qualifié les pratiques de FODECO de « massacre » contre les ressources naturelles de Basoko.
Il dénonce notamment le non-respect des normes environnementales, citant :
– l’abattage d’arbres dont le diamètre est inférieur à 30 centimètres ;
– l’exploitation d’essences forestières ne figurant pas dans les clauses sociales du cahier des charges ;
– l’abattage dans des zones écologiquement sensibles, notamment les marécages ;
– la destruction des étangs naturels et des têtes de sources d’eau ;
– l’exploitation à proximité immédiate des cours d’eau et sur leurs rives.
Pour l’UDEBA, ces pratiques compromettent gravement l’équilibre écologique de la région.
Une menace pour les populations locales
L’organisation affirme que la dégradation des forêts entraîne déjà des conséquences directes sur les conditions de vie des populations.
Elle évoque notamment la disparition progressive des chenilles, des escargots, des oiseaux et de plusieurs espèces d’animaux sauvages, ressources essentielles à l’alimentation des communautés locales.
Selon l’UDEBA, cette raréfaction des ressources naturelles contribue à aggraver la malnutrition, particulièrement chez les enfants.
Appel au Chef de l’État et à la ministre de l’Environnement
Face à ce qu’elle considère comme une urgence écologique, l’UDEBA sollicite l’implication personnelle du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que de la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat.
L’organisation demande l’arrêt immédiat de ce qu’elle qualifie d’« escroquerie environnementale » et réclame l’annulation pure et simple de l’arrêté ministériel n°009/CAB/MIN/AAN/05/3018 portant réhabilitation des concessions forestières n°001, 002 et 003/15 du 16 août 2015, signé le 1er février 2018, qu’elle estime avoir été pris de manière irrégulière.
Par ailleurs, la communauté exige des dédommagements pour les préjudices subis et entend promouvoir un modèle de gestion durable basé sur la foresterie communautaire. Elle souhaite également valoriser les concessions forestières et leurs tourbières dans le cadre des mécanismes internationaux de crédits carbone.
Une action en justice envisagée
Après neuf années de mobilisation, l’UDEBA annonce son intention de porter cette affaire devant les juridictions compétentes.
L’organisation déplore également ce qu’elle qualifie de « jeu de ping-pong » des autorités provinciales depuis 2018. Selon elle, plusieurs gouverneurs de la Tshopo ont successivement suspendu les activités de FODECO avant de les autoriser à reprendre quelques jours ou semaines plus tard.
Le dernier épisode remonte au 10 juillet 2026, lorsque le gouverneur Paulin Lendongolia avait annoncé la suspension des activités de la société lors de son séjour à Basoko. Une décision qui, selon l’UDEBA, a été levée seulement six jours plus tard.
En conclusion, le professeur Antoine Modia O’yandjo a lancé un appel à l’unité de toutes les filles et de tous les fils du territoire de Basoko afin de défendre le patrimoine forestier, minier et culturel de leur entité face aux menaces qu’il estime croissantes.
Laurent Kangisa.