Esursi: l’IFA-Yangambi présente les résultats du projet GIFT et plaide pour sa pérennisation.

Laurent Kangisa

Les chercheurs et scientifiques de l’Institut facultaire des sciences agronomiques de Yangambi (IFA-Yangambi) ont présenté, du 26 au 27 août 2026, les résultats des recherches menées dans le cadre du projet « Gouvernance, Insertion, Formation agricole et rurale dans la Tshopo » (GIFT). Financé par l’Agence française de développement (AFD), avec l’accompagnement de l’Agence belge de coopération Enabel, le projet, prévu pour une durée d’un an, affiche des résultats jugés encourageants dans les domaines de la recherche agricole, de la formation et du renforcement des capacités.

Des innovations au service des communautés rurales

Axé sur la recherche-action, le projet GIFT s’est intéressé aux difficultés concrètes auxquelles sont confrontées les communautés locales ainsi que les différents acteurs du secteur agricole dans la province de la Tshopo.

Pour le coordonnateur adjoint du projet, le professeur Pitchou Meniko, les résultats obtenus témoignent d’une expérience concluante.

« Le projet a permis de mener des recherches directement orientées vers les problèmes qui préoccupent les communautés locales et les acteurs du secteur agricole », souligne-t-il, estimant que cette approche constitue l’un des principaux facteurs de réussite de l’initiative.

Dans le domaine agricole, plusieurs résultats ont particulièrement retenu l’attention. Les chercheurs annoncent notamment l’identification d’une variété de riz résistante aux inondations et à haut potentiel de production. Cette variété, présentée comme une réponse possible aux contraintes auxquelles sont confrontés les riziculteurs dans les zones régulièrement touchées par les inondations, doit encore être homologuée avant sa diffusion à grande échelle.

Les recherches ont également porté sur le biochar, utilisé comme technique de fertilisation des sols pour améliorer la production de ciboulette et de chou.

Autre piste explorée : l’intégration de plantes à usages multiples dans les systèmes agroforestiers, une approche susceptible de contribuer à la diversification des productions et à une meilleure valorisation des ressources végétales.

Les chercheurs ont par ailleurs travaillé sur la multiplication de Piper guineense, connu localement sous le nom de ketchu, ainsi que du fumbwa, avec pour objectif leur domestication et leur valorisation dans les systèmes de production.

Les travaux ont également concerné le développement d’un bio-épurateur destiné au traitement des eaux utilisées dans les activités de maraîchage, une innovation qui touche directement aux enjeux de qualité de l’eau, de santé et de durabilité des pratiques agricoles.

Des résultats appelés à intégrer la littérature scientifique internationale

Au-delà de leur intérêt pour les producteurs et les communautés locales, les résultats issus de ces recherches devraient également faire l’objet d’une valorisation scientifique.

Selon le professeur Pitchou Meniko, les résultats du projet, ainsi que d’autres travaux de recherche qui n’ont pas été directement financés par GIFT, seront soumis à une revue scientifique internationale indexée.

Cette perspective devrait permettre de donner une visibilité internationale aux travaux réalisés par les chercheurs de l’IFA-Yangambi et de renforcer la contribution de l’institution à la production des connaissances dans le domaine des sciences agronomiques.

Dix enseignants désormais engagés dans la pédagogie active

Le projet GIFT ne s’est toutefois pas limité à la recherche agricole. Un important volet a été consacré au renforcement des capacités des enseignants et chercheurs.

Sept enseignants de l’IFA-Yangambi ont ainsi bénéficié d’une formation consacrée aux techniques et méthodes de pédagogie active dans plusieurs établissements universitaires européens et africains, notamment à l’Université de Liège, en Belgique, à l’Institut agroalimentaire de Dijon, en France, ainsi qu’à l’Université de Nangui Abrogoua, en Côte d’Ivoire.

Au cours de ces formations, les participants ont notamment approfondi leurs connaissances sur les outils numériques, l’intelligence artificielle et les fondamentaux de la pédagogie active.

À ces sept enseignants s’ajoutent trois autres enseignants formés aux Pays-Bas et au Bénin. L’IFA-Yangambi dispose ainsi désormais d’une équipe de dix enseignants spécialisés en pédagogie active.

Cette équipe a, à son tour, contribué au renforcement des capacités de 100 enseignants et chercheurs de l’institution.

La pédagogie active, qui place davantage l’apprenant au centre du processus d’apprentissage, est considérée comme particulièrement importante dans le contexte de la mise en œuvre du système Licence-Master-Doctorat (LMD).

Un diagnostic agricole désormais disponible pour la Tshopo

Le projet a également permis de renforcer les compétences des acteurs universitaires en matière de diagnostic agricole.

Trente enseignants et chercheurs de l’IFA-Yangambi ont été formés aux techniques et méthodes de diagnostic agricole. Cette formation a abouti à l’élaboration d’un document consacré au diagnostic agricole de la province de la Tshopo.

L’équipe du projet entend également valoriser ce travail sur le plan scientifique à travers la publication d’un article consacré au diagnostic agricole de la province dans une revue internationale.

À cela s’ajoute la formation de 130 étudiants à la pédagogie active, avec un accent particulier sur leur rôle et leur participation dans le système LMD.

L’IFA-Yangambi souhaite voir GIFT se poursuivre

Au regard de l’ensemble de ces résultats, la coordination du projet GIFT estime que l’expérience mérite d’être prolongée.

Elle plaide ainsi auprès du partenaire financier pour la poursuite du projet, afin de consolider les acquis, de poursuivre les recherches et de favoriser la mise à l’échelle des innovations développées au bénéfice des communautés et des acteurs du secteur agricole.

La séance de restitution des résultats s’est tenue en présence de plusieurs parties prenantes, notamment les partenaires techniques et financiers, les organisations non gouvernementales œuvrant dans les secteurs de l’environnement et de l’agriculture, les services étatiques concernés ainsi que les opérateurs économiques du secteur agricole.

Pour l’IFA-Yangambi, cette restitution constitue donc moins un point final qu’une étape dans un processus plus large : celui de rapprocher la recherche scientifique des réalités du terrain et de transformer les connaissances produites en solutions concrètes pour le développement agricole de la Tshopo.

Laurent Kangisa.