RN4 : les opérateurs économiques dénoncent un « calvaire » entre Avakubi et Kisangani.

Laurent Kangisa

Les opérateurs économiques qui s’approvisionnent dans les provinces de l’Est de la République démocratique du Congo tirent la sonnette d’alarme sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés sur la route nationale numéro 4 (RN4), dans sa partie située dans la province de la Tshopo, notamment sur le tronçon compris entre le poste d’Avakubi et le point kilométrique 13, à l’entrée de Kisangani.

À en croire Richard Katembo, porte-parole des opérateurs économiques de Kisangani, les difficultés rencontrées sur cet axe se résument principalement à trois préoccupations : la multiplicité des taxes, le coût de la taxe de pollution et les conditions de stationnement imposées aux véhicules au port sec du PK 13.

Une trentaine de barrières et une multitude de services

La première préoccupation concerne la multiplicité des barrières et des taxes sur le tronçon Avakubi-Kisangani. Selon Richard Katembo, près d’une trentaine de barrières sont érigées le long de cet axe, avec, à chacune d’elles, la présence de plusieurs services publics.

Cette situation occasionnerait une importante charge financière pour les opérateurs économiques. Le porte-parole affirme qu’en moyenne, 3 000 dollars américains sont dépensés par véhicule au titre des différentes taxes et perceptions sur ce seul tronçon.

Pour les opérateurs économiques, cette accumulation de prélèvements constitue non seulement un frein à leurs activités, mais contribue également à renchérir le prix des marchandises transportées vers Kisangani.

La taxe de pollution, une autre source de préoccupation

À cette première difficulté s’ajoute la taxe dite de pollution prélevée sur les véhicules.

Richard Katembo dénonce notamment le taux appliqué, fixé, selon lui, à 15 dollars par cheval-vapeur. Ainsi, explique-t-il, un véhicule de 40 chevaux-vapeur doit débourser jusqu’à 600 dollars au titre de cette taxe.

Le porte-parole rappelle que cette taxe était auparavant perçue par le service de l’Environnement à hauteur de 200 dollars pour une année. Depuis environ un mois, poursuit-il, sa perception serait désormais assurée par la régie provinciale, sans qu’une périodicité claire ne soit définie.

Une situation qui, selon les opérateurs économiques, alimente l’incertitude et alourdit davantage le coût du transport des marchandises.

Des véhicules immobilisés au port sec du PK 13

La troisième préoccupation porte sur l’obligation faite aux opérateurs économiques de stationner leurs véhicules au port sec situé au point kilométrique 13, à l’entrée de Kisangani.

Richard Katembo affirme que les opérateurs économiques peinent encore à comprendre le fonctionnement de cette infrastructure. Il déplore notamment l’immobilisation des véhicules depuis le mercredi 2 septembre 2026, avec des conséquences financières importantes pour leurs propriétaires et les commerçants.

Chaque véhicule devrait notamment s’acquitter de 5 dollars par jour au titre du stationnement. À cela s’ajoute le coût de location des véhicules, évalué à 100 dollars par jour, selon les opérateurs économiques.

Des chauffeurs dénoncent des conditions de vie difficiles

Les conditions d’accueil au port sec constituent également un sujet d’inquiétude pour les chauffeurs.

Ces derniers dénoncent notamment l’absence d’installations sanitaires adéquates, le manque d’eau et l’absence d’abris leur permettant de se protéger des intempéries. Ils évoquent également des conditions sécuritaires qu’ils jugent insuffisantes.

Pour les opérateurs économiques, l’immobilisation prolongée des véhicules dans ces conditions accroît les charges et perturbe la circulation normale des marchandises.

Un possible chevauchement des taxes

Autre point soulevé par les opérateurs économiques : le chevauchement entre les différentes taxes liées au stationnement et au déchargement des marchandises.

Ils évoquent notamment les 5 dollars par jour et par véhicule perçus au port sec, auxquels s’ajoutent 55 dollars de frais de déchargement perçus par la mairie de Kisangani.

Richard Katembo affirme par ailleurs que le service chargé de percevoir la taxe de stationnement au port sec comptabiliserait également les jours durant lesquels les véhicules se rendent au centre-ville pour procéder au déchargement de leurs marchandises.

Une pratique que les opérateurs économiques considèrent comme une charge supplémentaire difficilement supportable.

Les opérateurs économiques interpellent les autorités

Face à cette situation, les opérateurs économiques de Kisangani sollicitent une audience auprès de l’autorité provinciale afin d’exposer directement leurs difficultés et d’obtenir des réponses.

Ils en appellent également à l’intervention des élus provinciaux pour que des solutions soient trouvées à ce qu’ils considèrent comme un ensemble de contraintes qui pénalisent fortement le commerce sur la RN4.

Pour Richard Katembo, le principe d’un port sec n’est pas en soi une mauvaise idée. Le problème résiderait davantage dans les conditions et la manière dont sa mise en œuvre a été conduite.

« L’idée du port sec n’est pas mauvaise, mais cela s’est fait par précipitation », estime-t-il en substance.

Au-delà des opérateurs économiques et des transporteurs, cette situation pourrait avoir des répercussions directes sur la population. Selon le porte-parole, la multiplication des taxes et des frais supportés tout au long de la chaîne d’approvisionnement finit par se répercuter sur le prix des marchandises, faisant du consommateur final le principal payeur.

Laurent Kangisa