Alors que les initiatives de dialogue se multiplient pour tenter de ramener la paix dans l’est de la République démocratique du Congo, l’activiste pro-démocratie Me Christian Kambi appelle les autorités à ne pas sacrifier la justice sur l’autel de la réconciliation nationale.
Dans une tribune adressée au président de la République, l’avocat reconnaît la nécessité d’un dialogue inclusif pour sortir durablement le pays de la crise sécuritaire. « Notre pays a besoin de dialogue. Il en a besoin pour retrouver la paix, reconstruire la confiance et préserver son unité », écrit-il, tout en mettant en garde contre une démarche qui ignorerait les souffrances des victimes des conflits.
Pour Me Christian Kambi, la RDC ne peut espérer une paix durable sans reconnaître les drames humains accumulés au cours de près de trente années de violences armées. Il rappelle que des milliers de Congolais ont perdu la vie, que des familles ont été décimées et que des communautés entières continuent de vivre avec les séquelles de la guerre.
L’activiste s’interroge également sur ce qu’il considère comme un paradoxe récurrent dans la gestion des crises congolaises : « Pourquoi, dans notre pays, prendre les armes semble-t-il être devenu le moyen le plus rapide d’obtenir une place à la table des négociations ? » Une interrogation qui traduit, selon lui, le risque d’installer une culture où le recours à la violence devient un levier politique, tandis que les victimes restent reléguées au second plan.
Originaire de Kisangani, ville profondément marquée par les guerres qui ont ensanglanté le pays, Me Kambi évoque la mémoire encore vive des occupations, des affrontements et des massacres. Pour lui, cette histoire impose une responsabilité collective : éviter de reproduire les erreurs du passé.
« Personne ne devrait croire qu’il est acceptable de tuer ses propres frères avant de demander le pardon ou le dialogue. La paix ne peut pas être bâtie sur l’impunité », soutient-il.
Sans remettre en cause le principe du dialogue, le militant estime que toute initiative de réconciliation devrait s’appuyer sur trois piliers essentiels : la vérité, la justice et le respect de la mémoire des victimes. À défaut, prévient-il, le processus pourrait envoyer « un message dangereux », celui selon lequel la violence constitue une voie légitime pour accéder aux négociations politiques.
En conclusion, Me Christian Kambi appelle à une réconciliation nationale qui n’efface ni les responsabilités ni les souffrances des populations affectées par les conflits. « Unifions notre nation. Réconcilions les Congolais. Mais ne le faisons jamais au prix du sang des innocents ni de l’oubli de ceux qui ne sont plus là pour parler », conclut-il.
Laurent Kangisa.