La province de l’Ituri traverse actuellement l’une des périodes les plus préoccupantes de ces derniers mois. Entre les attaques répétées des groupes armés, les déplacements massifs des populations et désormais la résurgence de la maladie à virus Ebola, la situation sécuritaire et humanitaire continue de se détériorer dans plusieurs territoires de la province.
Depuis le début du mois de mai, les attaques attribuées aux combattants des Allied Democratic Forces (ADF) se sont multipliées dans les territoires de Mambasa et d’Irumu. Les localités de Biakato, Makumo, Beu-Manyama ainsi que plusieurs villages situés le long de la Route nationale numéro 4 figurent parmi les zones les plus touchées.
À Biakato notamment, les incursions meurtrières des ADF ont provoqué une psychose généralisée au sein de la population. Plusieurs civils auraient été tués, des maisons incendiées et des habitants portés disparus. Malgré les opérations militaires annoncées, de nombreuses voix dénoncent l’insuffisance de la réponse sécuritaire face à la persistance des massacres.
Le député national Ézéchiel Kambale, élu du territoire de Mambasa, a dénoncé ce qu’il qualifie d’inaction, voire de complicité, de certains services de sécurité face à l’insécurité persistante dans la région.
Dans le territoire voisin de Beni, les autorités de Mangina ont renforcé les mesures sécuritaires après plusieurs mouvements suspects signalés dans les environs. La circulation des personnes et des engins roulants y est désormais interdite après 22 heures afin de prévenir toute infiltration des groupes armés.
Pendant ce temps, dans le territoire de Djugu, l’insécurité demeure également préoccupante avec de nouvelles attaques attribuées à la milice CODECO. Plusieurs déplacés ont été tués alors qu’ils se rendaient dans leurs champs ou cherchaient du bois de chauffage dans la chefferie des Bahema Nord. La société civile locale dénonce des attaques visant des populations déjà vulnérables vivant dans des sites de déplacés.
Parallèlement à cette crise sécuritaire, une menace sanitaire majeure vient aggraver davantage la situation.
Le gouvernement congolais, à travers le Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, a officiellement déclaré le 15 mai la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province de l’Ituri.
Les zones de santé de Rwampara, Mongbwalu et Bunia figurent parmi les zones touchées.
Selon les premières données relayées par les autorités sanitaires, plusieurs cas confirmés ainsi que des dizaines de décès ont déjà été enregistrés.
À Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, les autorités sanitaires appellent la population au calme, à la vigilance et au strict respect des mesures barrières afin de limiter la propagation de la maladie. Le médecin chef de zone, le docteur Ruben Dedja Denyo, affirme que le gouvernement congolais et ses partenaires restent mobilisés pour contenir cette nouvelle flambée épidémique.
De son côté, la société civile de Mongbwalu s’inquiète de la multiplication des décès présentant des symptômes similaires à Ebola. Elle réclame un renforcement urgent des structures sanitaires en médicaments, équipements de protection et matériels médicaux afin d’améliorer la prise en charge des malades.
Parmi les nouveaux cas signalés, une fillette est décédée ce samedi 16 mai 2026 à Mongbwalu après avoir présenté des symptômes compatibles avec le virus Ebola. Son père appelle les familles à conduire rapidement les personnes malades vers les structures sanitaires afin de favoriser une prise en charge précoce. L’inhumation de la victime a eu lieu le même samedi dans le respect des mesures sanitaires sécurisées et en présence de quelques proches seulement.
Cette menace sanitaire intervient dans un contexte déjà fragilisé par les violences armées. Dans plusieurs localités, notamment à Nia-Nia, certaines structures médicales fonctionnent difficilement ou ont fermé à cause de l’insécurité, compliquant davantage l’accès aux soins pour les populations locales.
Malgré ce contexte difficile, certaines initiatives communautaires tentent encore de préserver la cohésion sociale à travers des activités de sensibilisation, des dialogues communautaires et des programmes d’accompagnement des jeunes dans plusieurs territoires de l’Ituri.
Cependant, de nombreux observateurs estiment que sans amélioration durable de la situation sécuritaire, les efforts humanitaires, sanitaires et économiques risquent de rester fortement limités.
Alors que les populations continuent de vivre entre peur, déplacements et incertitudes, les appels se multiplient en direction des autorités congolaises et des partenaires internationaux afin de renforcer la protection des civils et d’éviter une aggravation de la crise dans cette province de l’est de la République démocratique du Congo.
La Rédaction.