Université de Kisangani : dernier hommage à Pierre Claver Ndjango, gardien du savoir et artisan de paix.

Laurent Kangisa

L’Université de Kisangani a rendu, ce jeudi 21 mai 2026, un dernier hommage à l’une de ses figures les plus emblématiques. Décédé le 6 mai dernier à l’âge de 70 ans, le directeur de la bibliothèque centrale de l’université, le bibliothécaire principal Pierre Claver Ndjango, a été inhumé au cimetière Paradiso après une cérémonie empreinte d’émotion organisée à l’esplanade de la bibliothèque centrale, affectueusement surnommée « Cathédrale du savoir François Xavier Bokula Moiso ».

Collègues, étudiants, autorités académiques, proches et membres de la communauté ont salué la mémoire d’un homme dont la vie fut consacrée à la transmission du savoir, à la formation de la jeunesse et à la promotion de la paix sociale.

Au sein de l’université, Pierre Claver Ndjango était considéré comme « l’archevêque de la Cathédrale du savoir », une appellation affectueuse donnée par les agents de la bibliothèque centrale en reconnaissance de son engagement indéfectible au service de la connaissance. Enseignant au département des sciences documentaires de la faculté des lettres, il comptait parmi les pionniers ayant milité pour l’ouverture de cette filière à l’Unikis.

Universitaire chevronné, il était diplômé d’études supérieures en bibliothéconomie de l’Université de Kinshasa depuis 2009. Bien avant cela, il avait obtenu, en 1982, une licence en pédagogie appliquée, option français, à l’Université Pédagogique Nationale, alors Institut national de pédagogie.

Au-delà du monde académique, Pierre Claver Ndjango laisse l’image d’un homme profondément attaché à la cohésion sociale. Originaire du territoire de Djugu, dans la province de l’Ituri, il était reconnu au sein de la communauté Lendu comme un artisan de paix et un médiateur engagé dans la résolution des conflits intercommunautaires entre les Hema et les Lendu.

Au plus fort des tensions en Ituri, il avait pris part à plusieurs initiatives et rencontres de réconciliation visant à favoriser le dialogue entre les communautés. Son engagement intellectuel sur cette question s’est notamment matérialisé à travers deux ouvrages consacrés à cette crise : Les tenants et les aboutissants des conflits Hema-Lendu en Ituri, publié en 2000, puis Pour une ère de cohabitation intercommunautaire en Ituri, publié en 2003.

Son implication communautaire lui a également valu d’occuper plusieurs responsabilités au sein des structures sociales de l’Ituri. Il fut notamment président du Forum économique et social de l’Ituri (Foresti), président de la mutualité Lori de la communauté Lendu et, jusqu’à son décès, président du conseil des sages de cette même mutualité.

Dans son environnement quotidien, Pierre Claver Ndjango était décrit comme un voisin exemplaire et un homme au grand cœur. Installé depuis plus de trente ans dans le quartier Guest House, il entretenait des relations harmonieuses avec son voisinage. Amateur de petits jardins potagers qu’il partageait volontiers avec les habitants du quartier, il était également apprécié des enfants à qui il offrait régulièrement biscuits et bonbons.

Attentif au sort des plus démunis, il prenait en charge plusieurs enfants adoptifs qu’il hébergeait et accompagnait dans leur parcours scolaire. Une générosité discrète qui a profondément marqué ceux qui l’ont côtoyé.

Sur le plan professionnel, ses collègues retiennent de lui l’image d’un gestionnaire rigoureux, d’un formateur respecté et d’un conseiller attentif, animé par le souci permanent du travail bien fait.
Il était aussi animateur de l’émission écho de la cathédrale du savoir à la radio Flambeau de l’Orient RFO. Sa disparition constitue une perte immense pour la bibliothèque centrale et pour toute la communauté universitaire de Kisangani.

Laurent Kangisa