À l’Assemblée provinciale de la Tshopo, la session de septembre 2026, ouverte le 30 septembre, ne devrait pas se limiter à l’examen du budget. Dans son discours d’ouverture, le président de l’organe délibérant, Dr Mateus Kanga Londimo, a annoncé la reprise des travaux de la commission ad hoc chargée d’enquêter sur l’exécution des travaux de réhabilitation des axes routiers Kisangani-Ubundu et Kisangani-Opala. Deux chantiers qui alimentent depuis plusieurs mois les interrogations et les critiques au sein de l’opinion publique.

« Certains dossiers continuent de susciter des interrogations auxquelles notre institution doit apporter toute notre attention », a déclaré le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo lors de son discours d’ouverture.
Parmi les dossiers cités figure celui de la réhabilitation des routes Kisangani-Ubundu et Kisangani-Opala, deux axes considérés comme stratégiques pour la mobilité des populations, les échanges commerciaux et le désenclavement de plusieurs territoires de la province.
Des financements qui suscitent des interrogations
Le dossier a pris une nouvelle dimension à la faveur des révélations faites, pendant leurs vacances parlementaires, par certains députés nationaux élus de la Tshopo.
Selon ces élus, le gouvernement central aurait déjà décaissé des acomptes respectifs de 1,8 million de dollars américains pour la route Kisangani-Ubundu et 3,6 millions de dollars américains pour l’axe Kisangani-Opala.
À ces ressources destinées à Kisangani-Ubundu devraient également s’ajouter, selon les informations évoquées dans le débat public, les contributions des gouvernements provinciaux du Maniema et du Nord-Kivu.
Le dossier avait d’ailleurs pris une dimension interprovinciale en août 2026. Les gouverneurs du Maniema et du Nord-Kivu s’étaient rendus à Kisangani dans le cadre d’une mission d’évaluation des travaux de réhabilitation de l’axe Kisangani-Ubundu, sous la coordination du ministre national des Infrastructures et Travaux publics, John Banza.
Cette mission n’aurait cependant pas permis de déboucher sur les avancées escomptées. Les deux gouverneurs étaient repartis de Kisangani avec, selon des informations recueillies dans le cadre de ce dossier, un sentiment de déception.
Sur le terrain, les travaux des deux axes routiers seraient toujours loin de répondre aux attentes des communautés bénéficiaires. Une situation qui alimente les interrogations sur l’état d’avancement réel des chantiers, les fonds déjà mobilisés et leur utilisation.
La commission Vicky Ilongo remise au travail
C’est dans ce contexte que l’Assemblée provinciale entend réactiver la commission ad hoc mise en place à la fin de la session de mars 2026 sous la conduite du député provincial Vicky Ilongo.
Cette structure parlementaire est appelée à enquêter sur le niveau réel d’exécution des travaux de réhabilitation de Kisangani-Ubundu et Kisangani-Opala, mais également à mettre en parallèle les ressources mobilisées et les réalisations constatées sur le terrain.
Pour le président de l’Assemblée provinciale, cette mission doit être conduite avec rigueur et indépendance.
Dr Mateus Kanga Londimo insiste notamment sur la nécessité de fonder les conclusions de la commission sur des faits établis plutôt que sur des rumeurs, des imprécisions ou des prises de position prématurées.
Une exigence qui, selon lui, touche directement à la crédibilité de l’action de l’organe délibérant.
« Chaque dollar mobilisé doit pouvoir être retracé »

Le speaker de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a également placé cette enquête dans le cadre plus large de la reddition des comptes et du contrôle de l’action de l’exécutif provincial.
Pour lui, chaque ressource mobilisée au profit de la province doit pouvoir être retracée et, surtout, se traduire concrètement par des réalisations susceptibles d’améliorer les conditions de vie de la population.
« Les deniers publics doivent retrouver leur véritable destination dans les ouvrages et les services pour lesquels ils ont été affectés », a-t-il martelé en substance.
Les conclusions de la commission ad hoc sont attendues devant la plénière de l’Assemblée provinciale. Elles devraient faire l’objet d’un examen avant que l’institution ne tire, le cas échéant, les conséquences relevant de ses attributions.
Le président de l’organe délibérant n’exclut aucune éventualité dans le cadre des mécanismes prévus par les textes.
Si des explications doivent être demandées, elles le seront, affirme-t-il. Si certains aspects nécessitent d’être approfondis, les mécanismes prévus par les textes seront mis en œuvre. Et si des irrégularités venaient à être établies, les instances compétentes pourraient être saisies pour les suites appropriées.
Vers une nouvelle confrontation institutionnelle ?
Cette démarche parlementaire pourrait, selon les conclusions de la commission, déboucher sur de nouvelles mesures de contrôle de l’exécutif provincial.
L’hypothèse d’une interpellation du gouverneur de province, voire d’une transmission du dossier aux instances judiciaires, n’est donc pas à exclure si des faits susceptibles de justifier de telles initiatives étaient établis.
Un scénario qui rappellerait les tensions institutionnelles déjà observées en 2025 autour du contrôle de la gestion de l’exécutif provincial.
Mais le président de l’Assemblée provinciale entend dissocier cette démarche de toute volonté de déstabilisation des institutions provinciales.
Stabilité des institutions : contrôle parlementaire ou menace ?
La question se pose alors : le contrôle exercé par l’Assemblée provinciale de la Tshopo est-il compatible avec l’appel à la stabilité des institutions défendu par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi ?
Pour Dr Mateus Kanga Londimo, la réponse est sans ambiguïté : oui.
La stabilité institutionnelle, explique-t-il, ne saurait être assimilée à l’effacement des prérogatives de l’Assemblée provinciale ni au renoncement au contrôle de l’action de l’exécutif.
Selon le président de l’organe délibérant, la stabilité voulue par le chef de l’État suppose au contraire que chaque institution travaille avec détermination tout en restant dans le rôle que lui confèrent les textes légaux.
Les divergences, inhérentes à la vie démocratique, ne devraient donc pas détourner les institutions de leur mission, estime-t-il.
Le message de l’Assemblée provinciale se veut ainsi double : contrôler sans se substituer à l’exécutif, mais aussi préserver la stabilité institutionnelle sans renoncer à ses prérogatives constitutionnelles et légales.
Reste désormais à savoir ce que révélera la commission ad hoc sur les deux chantiers routiers.
Entre les montants annoncés, les contributions des différentes provinces concernées et l’état d’avancement des travaux sur le terrain, les populations de la Tshopo attendent surtout des réponses précises sur une question devenue centrale : où en sont réellement les travaux de Kisangani-Ubundu et de Kisangani-Opala, et comment les ressources mobilisées ont-elles été utilisées ?
Les conclusions de la commission pourraient apporter les premiers éléments de réponse.
Laurent Kangisa.