Tshopo: Question orale au gouverneur de la Tshopo, Senold Tandia revendique son indépendance et défend sa démarche.

Laurent Kangisa

Visé par plusieurs interrogations sur les motivations et la paternité de sa question orale avec débat adressée au gouverneur de la Tshopo, le député provincial Senold Tandia Akomboyo, élu de la ville de Kisangani, assure agir dans le cadre de son mandat parlementaire et dans l’intérêt de ses électeurs.

Face aux différentes lectures suscitées par son initiative, l’élu provincial affirme notamment jouir de son « indépendance d’esprit et d’estomac », une formule qu’il présente comme la traduction de son autonomie dans l’exercice de son mandat.

« Ce n’est pas un règlement de comptes »

Selon Senold Tandia, une première lecture de son initiative consiste à y voir un règlement de comptes avec le gouverneur de province, notamment en raison de son passé au sein du gouvernement provincial.

Le député rejette cette interprétation. Il soutient que sa démarche n’est pas liée à ses rapports personnels avec l’exécutif provincial, mais à ses prérogatives constitutionnelles de député provincial.

La Constitution congolaise dispose en effet que l’Assemblée provinciale est chargée notamment de contrôler le gouvernement provincial et les services publics provinciaux et locaux. Elle lui reconnaît également la compétence de légiférer par voie d’édit.

Pour Senold Tandia, c’est donc en qualité de représentant de la population qu’il affirme avoir initié cette procédure de contrôle.

Une question orale qui ne fermerait pas la voie à d’autres contrôles

Une deuxième interprétation avancée dans l’opinion publique présente cette question orale comme une manœuvre destinée à empêcher l’aboutissement d’un autre moyen de contrôle parlementaire qui serait en préparation.

Là encore, le député réfute cette lecture. Il estime que son initiative ne saurait empêcher ses collègues de recourir à d’autres mécanismes de contrôle si les réponses apportées par le gouverneur ne les satisfont pas.

Senold Tandia insiste ainsi sur le fait que sa démarche ne constitue, selon lui, ni une fin en soi ni un obstacle à d’éventuelles initiatives ultérieures de ses collègues.

57 questions sur la gestion de la province

Pour répondre à ceux qui considèrent sa démarche comme une opération politique sans portée réelle, le député met en avant le contenu de son document.

Il affirme que sa question orale avec débat comporte 57 questions couvrant plusieurs secteurs de la vie de la province.

Parmi les sujets évoqués figurent notamment l’état et la situation des axes routiers Kisangani–Ubundu et Kisangani–Opala, deux infrastructures dont l’état constitue régulièrement une préoccupation pour les populations concernées.

L’élu entend ainsi démontrer que son initiative porte, selon lui, sur des questions de gestion publique et de développement provincial plutôt que sur un différend personnel.

« Ce document est le fruit de mon propre travail »

Une autre controverse porte sur la paternité du document. Certaines personnes, rapportent le député, estiment que le texte aurait été élaboré à Kinshasa dans le but de faire obstacle à un autre contrôle de l’action du gouvernement provincial.

Senold Tandia rejette fermement cette accusation.

Il affirme être lui-même à l’origine du document et explique que sa formation universitaire lui permet de concevoir et de rédiger une question orale de cette nature. Il se présente comme doctorant en sciences économiques et assure avoir consacré du temps et des nuits de travail à la préparation du dossier.

Selon lui, la présentation de cette question orale permettra à ceux qui connaissent son style de reconnaître son empreinte intellectuelle dans le document.

Le rôle supposé de son mentor contesté

La proximité supposée entre le mentor politique du député et le gouverneur de province est également évoquée parmi les arguments avancés par certains pour mettre en doute la sincérité de la démarche.

À ce sujet, Senold Tandia précise que son mentor est un élu national et non un député provincial. Il affirme que celui-ci n’a participé ni de près ni de loin à la rédaction de la question orale.

Le député dit même que son mentor aurait été surpris d’apprendre qu’il avait initié cette démarche parlementaire.

« Je jouis de mon indépendance d’esprit et d’estomac »

En définitive, Senold Tandia veut placer son initiative dans le cadre strict de son mandat électif.

« En ma qualité de député provincial, je jouis de mon indépendance d’esprit et d’estomac », résume-t-il.

Par cette formule, l’élu de Kisangani entend signifier que ses prises de position et ses initiatives parlementaires relèvent de sa propre responsabilité et qu’elles ne seraient dictées, selon lui, par aucune personnalité extérieure.

Sur le plan institutionnel, le contrôle du gouvernement provincial fait bien partie des prérogatives de l’Assemblée provinciale. La Constitution prévoit que celle-ci exerce cette fonction de contrôle parallèlement à sa mission de législation provinciale.

Reste désormais à la séance consacrée à cette question orale de permettre au gouverneur de répondre aux 57 préoccupations soulevées et aux députés provinciaux d’apprécier les réponses fournies. C’est à l’issue de cet exercice parlementaire que les différentes lectures politiques de cette initiative pourront être confrontées aux faits et aux réponses apportées devant l’hémicycle.

Laurent Kangisa.