Tshopo : plus de 200 étudiants déplacés du Nord et du Sud-Kivu en quête d’intégration à l’Université de Kisangani.

Laurent Kangisa

Arrivés à Kisangani après la suspension des activités académiques dans plusieurs établissements publics du Nord et du Sud-Kivu, des étudiants cherchent à poursuivre leur cursus universitaire. Parmi eux, 157 stagiaires en médecine attendent des réponses concrètes concernant leur prise en charge académique et leur encadrement pratique.

La suspension des activités académiques dans les établissements publics de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations technologiques (ESURSI) au Nord et au Sud-Kivu continue d’avoir des répercussions sur le parcours des étudiants originaires de ces deux provinces. Plus de 200 d’entre eux ont choisi l’Université de Kisangani (UNIKIS), dans la province de la Tshopo, pour tenter de poursuivre leurs études.

Cette situation fait suite à la décision du ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations technologiques, prise le 20 août 2026, suspendant les activités académiques pour l’année universitaire 2026-2027 dans les établissements publics des deux provinces, placées sous le contrôle de la rébellion de l’AFC/M23.

Parmi ces étudiants en quête de continuité académique figurent 157 stagiaires de la faculté de médecine. Leur arrivée à Kisangani soulève désormais des questions liées à leur intégration administrative, à leur accueil dans le milieu universitaire et, surtout, à l’organisation de leurs stages.

Des inquiétudes exprimées auprès de l’Assemblée provinciale

Mercredi 7 octobre 2026, une trentaine de ces étudiants a été reçue par le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, le docteur Mateus Kanga. Au cours de cette rencontre, les étudiants ont fait part de leurs préoccupations, notamment sur leur intégration à l’Université de Kisangani et leur adaptation à un environnement qui leur est, pour beaucoup, encore inconnu.

Pour certains, il s’agit en effet de leur première arrivée dans la ville de Kisangani, loin de leurs milieux habituels de vie et d’études.

Sur le plan académique, leur principale inquiétude concerne leur admission effective au sein de l’UNIKIS. Selon leurs témoignages, plus de deux semaines après leur arrivée, ils n’avaient toujours pas obtenu de réponse favorable définitive à leur demande d’intégration.

Cette attente suscite des interrogations, particulièrement chez les étudiants en médecine, dont le cursus nécessite un encadrement pratique et le respect des exigences liées aux stages.

Mateus Kanga promet de se renseigner

Face à ces préoccupations, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a évité de se prononcer sur le fond du dossier, rappelant que l’enseignement supérieur relève de la compétence du gouvernement central.

Le docteur Mateus Kanga a néanmoins promis de se renseigner sur la situation avant de prendre position.

Évoquant les difficultés potentielles liées à l’accueil de ces étudiants, il a estimé que leur nombre pourrait poser un problème de capacité au sein de la faculté de médecine de l’Université de Kisangani.

En sa qualité d’ancien étudiant de cette faculté, il a également invité les stagiaires à se préparer sérieusement à leurs évaluations de fin d’année. Connaissant, selon lui, les exigences des enseignants de cette institution, il les a prévenus qu’ils ne devraient pas s’attendre à une quelconque complaisance lors des évaluations.

L’Université de Kisangani annonce le démarrage imminent des stages

Contacté au sujet de ce dossier, le professeur Pionus Katuala, secrétaire général académique assurant l’intérim du recteur de l’Université de Kisangani, a appelé les étudiants qu’il qualifie de « déplacés académiques » au calme.

Selon ses explications, une liste de 153 étudiants avait été déposée à la direction académique. Toutefois, seuls 122 d’entre eux avaient effectivement déposé leurs dossiers. Ces documents ont déjà été transmis à la faculté de médecine pour examen.

Le professeur Pionus Katuala a rassuré les étudiants concernés quant à la perspective d’un démarrage de leurs stages dès la semaine prochaine.

Pour répondre aux difficultés potentielles liées à la capacité d’accueil de la faculté, l’Université de Kisangani envisage de solliciter d’autres structures médicales de la ville afin de contribuer à l’encadrement des stagiaires. Ces derniers devraient y effectuer leurs stages sous la supervision de maîtres de stage.

Cette option pourrait permettre à l’institution de mieux répartir les étudiants dans les structures de formation pratique, tout en maintenant un encadrement adapté aux exigences de leur cursus.

Un appel à la vigilance et à la responsabilité

Au cours de la même rencontre, le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo a également lancé un avertissement aux étudiants concernant leurs éventuels liens avec le mouvement rebelle AFC/M23.

Le docteur Mateus Kanga a exhorté ceux qui seraient encore en contact avec ce mouvement à rompre ces relations et à se consacrer exclusivement à leurs études. Il a, par ailleurs, rappelé que les services de renseignement sont actifs et que toute implication avérée dans des activités liées à la rébellion pourrait entraîner des poursuites conformément à la loi.

Il a insisté sur les conséquences judiciaires auxquelles s’exposerait tout étudiant dont une éventuelle collaboration avec la rébellion serait établie.

Entre espoir académique et défis d’intégration

Pour ces étudiants venus du Nord et du Sud-Kivu, l’Université de Kisangani représente une possibilité de poursuivre leur formation malgré l’interruption des activités académiques dans leurs provinces d’origine.

Mais au-delà des démarches administratives, leur situation pose la question de la capacité des établissements d’accueil à absorber de nouveaux effectifs, notamment dans les filières exigeant un encadrement pratique important, comme la médecine.

Si l’annonce du démarrage prochain des stages constitue un signe d’espoir, les étudiants restent dans l’attente de la suite réservée à leurs dossiers et des modalités concrètes de leur intégration.

La rencontre entre les étudiants et le président de l’Assemblée provinciale s’est achevée sur la perspective de nouveaux échanges dans les prochains jours. D’ici là, ces jeunes poursuivent leurs démarches avec l’espoir de retrouver le chemin des apprentissages et de préserver la continuité de leur parcours universitaire, malgré les difficultés provoquées par la crise dans leurs provinces d’origine.

Laurent Kangisa