Les travaux du tout premier Congrès d’études congolaises, organisés du 26 au 29 mai 2026 à l’Université de Mbuji-Mayi, se sont achevés sur une déclaration ambitieuse baptisée « Appel de Mbuji-Mayi pour refonder le monde universitaire et scientifique congolais ». Pendant quatre jours, des universitaires, chercheurs et scientifiques venus de toutes les provinces de la République démocratique du Congo ont réfléchi autour du thème : « Demain le Congo du troisième millénaire : conscience historique, gouvernance des savoirs et devenir national ».
Au terme des assises, les congressistes ont exprimé leur volonté de repositionner l’université congolaise au cœur du développement national. Ils ont notamment préconisé la création d’un Ordre national des professeurs d’université, une structure appelée à défendre la profession, promouvoir l’excellence académique et garantir l’intégrité du corps enseignant.
Selon les participants, cet ordre devra également lutter contre les dérives qui minent le secteur universitaire en dénonçant et en poursuivant les auteurs de fraudes académiques, tout en protégeant la profession contre l’infiltration des faussaires, des charlatans, des corrupteurs et autres individus ne répondant pas aux exigences scientifiques et pédagogiques.
Dépolitiser l’université congolaise
L’une des recommandations majeures issues du congrès concerne la nécessité de préserver le caractère apolitique de l’université. Les scientifiques congolais appellent à mettre fin à toute instrumentalisation politique des nominations, promotions et processus de diplomation.
Dans cette logique, les congressistes estiment que l’usage du titre de professeur ainsi que l’exercice de la profession enseignante devraient être suspendus pour tout membre du corps académique engagé dans une activité politique active, et ce pendant toute la durée de son mandat ou de son engagement partisan.
Les participants recommandent également l’élaboration d’une politique nationale de sélection, de rajeunissement, de formation continue, de prise en charge et de retraite du personnel universitaire et scientifique afin d’assurer la pérennité et la qualité du système d’enseignement supérieur.
Une responsabilité historique face aux défis du pays

Durant les échanges, les congressistes ont reconnu la responsabilité historique de la communauté scientifique dans la construction du devenir national. Ils ont souligné que la RDC est confrontée à des défis majeurs liés à la gouvernance, à la sécurité, au pillage des ressources naturelles, au retard de développement ainsi qu’aux enjeux de souveraineté dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue et des mutations rapides.
Pour les participants, l’université congolaise ne doit plus être réduite à un simple espace de marchandisation des savoirs ou à une machine de production de diplômes. Elle doit devenir un centre d’excellence consacré à l’élévation intellectuelle, à l’éthique, à l’innovation, à la créativité ainsi qu’à la formation d’une conscience nationale forte.
Les savants congolais ont réaffirmé que toutes les disciplines scientifiques, qu’il s’agisse des sciences exactes, appliquées, humaines ou sociales, constituent un levier stratégique pour éclairer l’action publique, orienter les politiques nationales et favoriser l’émergence d’une société fondée sur la compétence, le mérite, la créativité et la dignité.
Trois pour cent du budget national pour la recherche
Afin de permettre à l’université congolaise de relever les défis de l’innovation et de la compétitivité, le congrès recommande au gouvernement d’allouer au moins 3 % du budget national au fonctionnement, à la modernisation et au développement de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.
Une telle mesure, soutiennent les congressistes, permettrait de réduire la dépendance du pays à l’égard de la production intellectuelle, scientifique et technologique étrangère et de renforcer les capacités nationales de recherche et d’innovation.
Parmi les autres recommandations figure également la fermeture des universités étrangères implantées en RDC qui n’apportent aucune valeur ajoutée spécifique à la formation ou à la recherche. Les participants préconisent aussi la fermeture des établissements publics et privés jugés non viables au regard de la qualité du personnel académique, des infrastructures, de l’offre de formation et des ressources matérielles disponibles.
Un projet de plan global de développement en préparation
Au-delà des recommandations adressées aux pouvoirs publics, les scientifiques congolais ont pris l’engagement de demeurer fidèles à leur mission historique en mettant leur savoir, la recherche et l’innovation au service de la paix, de la bonne gouvernance, du progrès humain, de la souveraineté nationale et du rayonnement international de la RDC.
Ils se sont également engagés à élaborer, avant la tenue du prochain congrès, un projet de plan global de développement de la République démocratique du Congo. Ce document intégrera les dimensions culturelles, sociales, historiques, juridiques, sécuritaires, stratégiques, écologiques, économiques et scientifiques nécessaires à la refondation du pays.
Le comité scientifique du congrès a été chargé d’assurer le suivi des recommandations, de mener des actions de plaidoyer auprès des décideurs et de développer des partenariats susceptibles de soutenir la mise en œuvre des résolutions adoptées.
Une participation remarquée de l’Université de Kisangani

Conduite par son recteur, le professeur Mathieu Kirongozi Bometa, l’Université de Kisangani a pris une part active aux travaux grâce à une délégation de quatre représentants.
Les participants se sont finalement donné rendez-vous en 2027 pour la tenue de la deuxième édition du Congrès d’études congolaises, avec l’ambition de transformer les résolutions de Mbuji-Mayi en actions concrètes au service du développement de la République démocratique du Congo.
Laurent Kangisa