Kisangani : 26 ans après la guerre de six jours, les victimes toujours en quête de justice et de réparation.

Laurent Kangisa

La ville de Kisangani commémore ce vendredi 05 juin 2026, le 26e anniversaire de la guerre dite de « six jours », l’un des épisodes les plus sanglants de la Deuxième Guerre du Congo. Du 5 au 10 juin 2000, les armées rwandaise et ougandaise, pourtant alliées au départ dans leur soutien aux mouvements rebelles opposés au régime de Laurent-Désiré Kabila, se sont affrontées dans les rues de Kisangani pour le contrôle stratégique de cette ville située à plusieurs centaines de kilomètres de leurs frontières respectives.

L’armée rwandaise soutenait alors le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), tandis que l’armée ougandaise appuyait le Rassemblement Congolais pour la Démocratie-Kisangani Mouvement de Libération (RCD-KML) de Mbusa Nyamwisi. Leur rivalité s’est transformée en affrontement direct, faisant de Kisangani un véritable champ de bataille.

Un lourd bilan humain et matériel

La guerre de six jours a laissé des cicatrices profondes dans la mémoire collective des Boyomais. Des centaines de civils ont perdu la vie, des milliers de personnes ont été déplacées et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés. Des infrastructures publiques, des habitations et des activités économiques ont été détruites, plongeant durablement la ville dans une situation de précarité.

Vingt-six ans après ces événements tragiques, une question demeure : quel est aujourd’hui le sort réservé aux victimes ?

L’indemnisation au cœur des attentes

Condamnée par la Cour internationale de Justice (CIJ) pour les atrocités commises sur le territoire congolais, l’Ouganda a été contraint de verser à la République démocratique du Congo une indemnisation de 365 millions de dollars. Cette somme devait contribuer à réparer les préjudices causés aux victimes des conflits et des violations des droits humains.

À ce jour, environ 30 millions de dollars seulement auraient été affectés à l’indemnisation individuelle des victimes. Quant au vaste programme d’indemnisation collective, notamment la réhabilitation de la centrale hydroélectrique de la Tshopo, projet considéré comme prioritaire par la population locale, il accuse toujours un retard considérable.

Face à cette lenteur, de nombreuses victimes dénoncent une mauvaise gestion des fonds et soupçonnent des détournements. Ces accusations ont d’ailleurs conduit à l’arrestation de l’ancien ministre de la Justice et Garde des Sceaux ainsi que de plusieurs anciens responsables du Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO). Les personnes concernées comparaissent actuellement devant les juridictions compétentes.

Entre espoirs et désillusions

Malgré les critiques, certains projets financés grâce au fonds issu de l’indemnisation ougandaise avancent. C’est notamment le cas de la construction d’un mémorial dédié aux victimes de la guerre de six jours sur le site du cimetière commémoratif de Kisangani.

Cependant, pour de nombreuses victimes, ces réalisations restent insuffisantes au regard des attentes et des souffrances endurées.

Par ailleurs, les difficultés de gestion des fonds destinés aux victimes ne datent pas d’aujourd’hui. En 2020 déjà, le gouvernement congolais avait débloqué des ressources pour soutenir les victimes de la guerre de six jours. Là encore, le manque de transparence dans la gestion de ces fonds avait entraîné des poursuites judiciaires contre certains responsables de la société civile et des organisations chargées de l’encadrement des victimes.

À cela s’ajoutent plusieurs initiatives locales, notamment celles portées par le gouvernement provincial dirigé à l’époque par le gouverneur Médard Autsai Asenga ou encore par des personnalités de bonne volonté. Mais la plupart de ces démarches se sont heurtées à des problèmes de gouvernance et à des allégations de détournement, empêchant les bénéficiaires d’en tirer pleinement profit.

Une mémoire vive, une justice inachevée

Vingt-six ans après les bombardements qui ont endeuillé Kisangani, la guerre de six jours demeure une plaie ouverte pour de nombreuses familles. Si la reconnaissance internationale des responsabilités et les mécanismes d’indemnisation constituent des avancées importantes, la majorité des victimes continue d’attendre une réparation effective et équitable.

Alors que la ville se recueille en mémoire des disparus, le sentiment dominant parmi les survivants reste celui d’une justice inachevée. Pour beaucoup, les véritables victimes de cette guerre ne se retrouvent toujours pas dans les mécanismes de réparation mis en place jusqu’à présent.

Laurent Kangisa.