À la Maison-Blanche, Tshisekedi et Kagame entérinent l’accord de paix sous la médiation de Donald Trump : entre espoirs et profondes réserves en RDC.

Laurent Kangisa

Sous la médiation du président américain Donald Trump, les chefs d’État congolais Félix Antoine Tshisekedi et rwandais Paul Kagame ont procédé ce jeudi 04 décembre 2025 à l’entérinement officiel de l’accord de paix conclu entre leurs deux nations. Le document, initialement signé fin juillet 2025 par les ministres des Affaires étrangères des deux pays, l’avait déjà été dans les murs de la Maison-Blanche, confirmant ainsi l’implication directe de Washington dans ce processus de stabilisation régionale.

Si cette nouvelle étape est accueillie avec prudence sur la scène internationale, elle suscite en République démocratique du Congo de nombreuses réactions, teintées à la fois d’espoir et de méfiance.

Un accord important, mais loin de garantir la paix immédiate”

Interrogé à ce sujet, le chef de travaux Marie Paul Awa Kendewa, enseignant en relations internationales à l’Université de Kisangani et spécialiste du droit international, appelle la population congolaise à la patience.

« L’entérinement de cet accord ne signifie pas le retour immédiat de la paix. Il faut éviter de nourrir un excès d’optimisme », prévient-il.

 

L’universitaire souligne plusieurs zones d’ombre et pièges potentiels contenus dans le texte. Parmi eux, l’obligation faite à la RDC de neutraliser les FDLR et de désarmer puis réinsérer divers groupes armés au sein des FARDC. Une mission qu’il juge « pratiquement impossible » au vu de la complexité du conflit dans l’Est du pays et du nombre d’acteurs armés impliqués.

Autre point sensible : l’engagement renouvelé de soutenir la MONUSCO, une mission onusienne dont une large partie de la population congolaise ne fait plus confiance, après plus de deux décennies d’opérations sans résultats tangibles sur le terrain.

Des accords non contraignants : le risque de “négomanie”

Pour le chef de travaux Marie Paul Awa, le véritable danger réside dans la nature même des accords internationaux.

« Ils ne sont pas contraignants. Ils reposent sur le principe de bonne foi des acteurs. Il y a un risque réel de tomber dans la négomanie, ces négociations répétitives sans véritable mise en œuvre », explique-t-il.

Il estime notamment que la présence des États-Unis, bien que symboliquement forte, ne garantit en rien la pleine application de l’accord par le Rwanda, Washington n’ayant ni l’autorité légale ni les moyens diplomatiques d’imposer un respect strict des engagements.

Poursuites internationales : une solution durable ?

Pour envisager une paix durable dans l’Est de la RDC, Marie Paul Awa appelle Kinshasa à emprunter une voie judiciaire internationale. Il recommande notamment que le gouvernement congolais porte plainte contre les autorités rwandaises devant la Cour internationale de Justice (CIJ).

Bien que Kigali ne soit pas signataire du Statut de Rome, l’enseignant rappelle qu’une saisine reste possible :

« Si le Conseil de sécurité des Nations unies saisit la Cour à la demande de la RDC, les jugements rendus deviendront obligatoires, et le Rwanda sera contraint de s’y conformer », soutient-il.

Un conflit qui a déjà coûté plus de dix millions de vies

Alors que cet accord tente de tracer la voie d’une réconciliation durable, la RDC porte encore les cicatrices de plus de trente années d’insécurité dans sa partie orientale. Selon les estimations avancées par plusieurs sources nationales, plus de dix millions de Congolais ont perdu la vie au cours de ces trois décennies de violences, faisant de cette crise l’une des plus meurtrières depuis la Seconde Guerre mondiale.

La cérémonie de ce 4 décembre à Washington marque indéniablement un tournant diplomatique majeur. Reste à savoir si cet accord, désormais entériné au plus haut niveau, saura dépasser les scepticismes, résister aux tensions régionales et, surtout, ouvrir enfin la voie à une paix longtemps espérée par des millions de Congolais.

Laurent Kangisa.