Kisangani: plus de 60% des jeunes âgés de 10 à 24 ans consomment la drogue.

Laurent Kangisa

Les résultats d’une étude menée en 2025 par l’assistant Désiré Baruani Kyaga, de la faculté de santé publique de l’université de Kisangani, dressent un constat préoccupant : 63 % des jeunes âgés de 10 à 24 ans dans la ville de Kisangani consommeraient des substances psychoactives. Ce chiffre, particulièrement élevé, met en lumière une crise silencieuse aux implications sanitaires, sociales et sécuritaires profondes.

L’enquête révèle que plusieurs motivations sous-tendent cette consommation croissante. Parmi elles, la recherche de performances, notamment sexuelles, occupe une place importante dans l’imaginaire de certains jeunes. D’autres évoquent une quête de bien-être ou encore un sentiment de puissance, la drogue étant perçue comme un moyen de se donner du courage pour commettre des actes de violence ou d’extorsion.

En termes de préférence, l’alcool arrive en tête des substances les plus consommées. Il est suivi par le tramadol, un opioïde détourné de son usage médical, puis par la cigarette. Le chanvre, bien que présent, occupe la quatrième position. Cette hiérarchisation traduit à la fois l’accessibilité des produits et leur banalisation dans l’espace urbain.

Une autre étude, réalisée dans le domaine des sciences sociales, administratives et politiques, vient aggraver ce constat en identifiant plus de 2 300 points de vente de ces substances à travers la ville. Une prolifération qui facilite considérablement l’accès aux stupéfiants, y compris pour les mineurs.

Les facteurs explicatifs sont multiples. L’influence du milieu familial ou amical joue un rôle déterminant : certains jeunes sont initiés à la consommation par des proches ou des pairs. À cela s’ajoute une perception erronée des effets des drogues, souvent vues comme des catalyseurs de réussite personnelle ou sociale. Enfin, la disponibilité quasi permanente de ces substances contribue à banaliser leur usage.

Face à cette situation, les spécialistes appellent à une réponse multisectorielle. Ils recommandent notamment le renforcement des campagnes de sensibilisation, la régulation stricte des circuits de distribution, ainsi que l’implication des familles et des communautés dans la prévention.

Laurent Kangisa