Le Cadre de concertation provinciale de la société civile de la Tshopo (CCPSC-Tshopo) hausse le ton contre ce qu’il qualifie de « manœuvres délibérées du gouvernement central » visant à freiner l’émergence démocratique de la province. Dans un communiqué rendu public le 3 novembre 2025 et signé par son président Alphonse Longongo, cette structure citoyenne fustige les interventions du ministère national de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, estimant qu’elles entretiennent une crise politique persistante entre les deux premières institutions provinciales.
Une dénonciation contre « l’ingérence de Kinshasa »
Pour le CCPSC-Tshopo, les récentes actions du gouvernement central s’apparentent à une stratégie d’entrave à l’autonomie provinciale, pourtant garantie par la Constitution. L’organisation accuse certains réseaux influents de « mains noires opérant depuis Kinshasa » de vouloir maintenir la mauvaise gouvernance dans la Tshopo.
Tout en dénonçant ces pratiques, la société civile encourage l’Assemblée provinciale à poursuivre son travail de contrôle parlementaire « de manière rigoureuse », et à résister aux pressions politiques. Elle salue l’attitude de cette institution, qu’elle juge, jusqu’à présent, « respectueuse de ses compétences légales et constitutionnelles ».
Un constat accablant de la gouvernance provinciale
Le communiqué du CCPSC-Tshopo dresse un tableau sombre de la gestion actuelle de la province. Selon la structure, le gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga a montré de « graves insuffisances » dans la conduite des affaires publiques. Le cadre de concertation s’interroge même sur la capacité de l’exécutif provincial à « répondre aux préoccupations légitimes et légales des citoyens ».
1. Gouvernance budgétaire : un système opaque et inéquitable
La société civile déplore l’absence quasi totale de réalisations du budget pro-pauvre, la mauvaise affectation des ressources, et l’absence de mécanismes de redevabilité.
Elle pointe également du doigt l’attribution de marchés publics à des montants exorbitants, sans résultats visibles sur le terrain, et la mise en place de circuits de consommation incontrôlée des fonds publics.
Le communiqué évoque en outre un pillage systématique des ressources naturelles, notamment minières et forestières, aggravé par un incivisme fiscal minier chronique.
2. Sécurité : la peur comme quotidien des citoyens
Sur le plan sécuritaire, le CCPSC-Tshopo décrit une situation préoccupante : banditisme urbain à main armée, braquages, justice populaire et campagnes de représailles ciblées.
L’organisation accuse une coalition entre le gouvernement provincial, la Police nationale congolaise et le Tribunal de paix de Makiso d’être à l’origine de persécutions contre des acteurs de la société civile.
Ces représailles auraient conduit à la mort de Joël Mbiya, militant pro-démocratie, et à l’arrestation suivie de la condamnation arbitraire de Jedidia Mabela, autre activiste engagé.
Appel à une transition démocratique
Face à ce contexte jugé alarmant, le Cadre de concertation provinciale de la société civile de la Tshopo réitère son soutien à la démarche de déchéance du gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga.
Il invite le gouvernement central à faciliter la tenue des élections du gouverneur et du vice-gouverneur dans le délai légal, afin de permettre à la province de retrouver un fonctionnement institutionnel stable et conforme à l’esprit démocratique.
Laurent Kangisa.