Esursi: Système Lmd, le professeur Arthur Yenga interpelle ses collègues enseignant de se mettre debout et d’agir.

Laurent Kangisa

La réforme du système éducatif d’enseignement des instituts supérieurs et universitaires de la RDC initiée depuis 2021 à savoir le basculement au système Lmd soulève des des débats au sein des différentes couches de la communauté Congolaise. Ce débat est une préoccupation majeure des savants Congolais, ceux la même qui sont l’un des acteurs de la mise en oeuvre de cette réforme. Ici je vous propose de suivre la réflexion du professeur Arthur Yenga, enseignant à l’université des sciences de l’information et de la communication Unisic.

Chers estimés collègues,

Mettons les deux pieds dans le plat !

Intéressant débat sur la pédagogie universitaire et sur la réforme de notre système éducatif que j’observe dans notre plateforme de l’IFASIC/UNISIC. Mais ce débat se déroule également dans la majorité des plateformes universités congolaises.

Sur la réforme LMD, il y a un vice originel de fabrication. La démarche entreprise est de type top-down, par le sommet vers la base. La base n’a pas été étroitement associée à la réforme en dépit de la tenue des Etats généraux de l’ESU d’octobre 2021 sur la réforme LMD.

La deuxième erreur est d’avoir imposé la généralisation de la réforme, sans avoir évalué la phase pilote menée de 2015 à 2020.

Nous y voilà. En 2025, 3 ans après, la machine est toujours bloquée et enrayée.

Que faire ?

Nous avons l’obligation de nous en sortir. Le problème n’est pas tant le LMD en soi que la crise structurelle de notre système éducatif : de la maternelle, en passant par le primaire, le secondaire et le supérieur.

Il ne s’agit pas non plus d’un exercice d’exégèse des textes pour savoir quel est le texte qui doit prévaloir ou qu’il faut respecter (loi-cadre de 2014, le décret de novembre 2023, les résolutions des Etats Généraux d’octobre 2021, le vade-mecum, les notes circulaires ministérielles) et tutti quanti.

Pour avancer, commençons par affirmer que la réforme ne concerne pas que le secteur de l’ESU. D’autres acteurs devraient s’impliquer et y contribuer. Le premier secteur est celui des finances, par une rémunération substantielle des enseignants. Nous y sommes en ce moment par la revendication de la mise en œuvre des accords de Bibwa.

Par ailleurs, d’autres Ministères devraient accorder des solutions infrastructurelles telles que les bâtiments, les laboratoires, l’électricité et la numérisation.

Enfin, à ce niveau de pilotage ou de gouvernance, les structures dédiées pour vulgariser la réforme du système LMD ne mettent pas en place une vraie dynamique de formation et de sensibilisation devant conduire à une réelle appropriation de la réforme par tous les acteurs éducatifs : les enseignants, les scientifiques, le personnel administratif et technique ainsi que les étudiants. Nous avons tort de considérer que la réforme concerne uniquement les Professeurs d’université.

Il s’agit d’impliquer toutes les parties prenantes. Surtout les administratifs qui sont régulièrement exclus de nos réflexions et décisions.

Jusques là, nous voyons juste les solutions d’en haut, sur le plan vertical. Il y a également des responsabilités, de notre part, au niveau horizontal. Je peux épingler à ce niveau des questions graves de gouvernance qui plombent tous nos Etablissements.

Surtout, nous devons arriver à obtenir et à développer une culture d’ouverture à l’international. Nos Etablissements se referment de plus en plus sur eux-mêmes. Nous regardons et fixons nos nombrils alors que, par essence, une université ou une grande école doit être en compétition, en collaboration et en partenariat avec d’autres établissements dans le pays et dans le monde.

Le péché mortel, en cette matière, c’est au niveau de la recherche. Continuer à former des docteurs à thèse, sans recourir à la mobilité, à des cotutelles et à des participations aux activités de recherches des doctorants à l’étranger est la faute la plus lourde qui va condamner et tuer, à petit feu, notre enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovation.

N’y a-t-il que des doctorants qui sont concernés ? Evidemment que non. Les étudiants doivent jouir de la mobilité. Les administratifs doivent bénéficier des renforcements des capacités. Les scientifiques et les académiques (professeurs) doivent participer à des programmes de mobilité internationale et de renforcement des capacités.

C’est à cette aune que nous devons placer le curseur et bouger petit à petit. L’Europe est encore et toujours en chemin, en processus de réforme au regard des enjeux de la mondialisation croissante.

En lieu et place de nous arc-bouter sur les discussions entre les avantages et défauts des systèmes PADEM et LMD, le véritable enjeu pour nos Etablissements et pour nous est celui de l’internationalisation de la formation et de la recherche en RD-Congo.

Car il s’agit pour nos Etablissements de l’ESU de répondre aux évolutions systémiques d’un monde globalisé qui nous obligent d’accompagner le développement de l’économie de la connaissance.

En plus des trois/quatre pouvoirs traditionnels reconnus dans les Etats modernes, à savoir, le pouvoir législatif, exécutif, judiciaire, médiatique, un cinquième pouvoir contribue à l’émergence des Etats modernes. C’est le pouvoir de la connaissance (du savoir).

Quittons la posture de la victimisation et des plaintes (bien que fondées et justifiées), en nous positionnant et en positionnant l’Université et les grandes écoles (Instituts supérieurs), comme de véritables acteurs, en réponse aux grands défis sociétaux de notre pays, la RD-Congo.

À cet effet, nos Etablissements de l’ESU doivent se comporter en acteurs de développement local, à partir du site de leur implantation, en répondant concrètement aux 17 objectifs de développement durable énoncés par l’ONU pour 2030. Cela tient compte de la lutte contre la faim et la pauvreté, des questions de santé et de bien-être, d’accès à l’eau, à une énergie propre, à la lutte contre le changement climatique, la justice et, surtout, pour la RDC, à la lutte pour la paix et bien d’autres encore (l’insécurité, la corruption et j’en passe).

Par le pouvoir de la connaissance, l’Université/Institut supérieur est un acteur de développement local.

De manière concrète, nous pouvons y contribuer directement par une stratégie à développer désormais de marchandisation/commercialisation » de l’enseignement supérieur, grâce à la vente (notamment, par des brevets) des recherches de l’enseignement supérieur RD-Congolais.

C’est un atout que je nous invite à considérer désormais.

Cet horizon nous oblige à fixer l’horizon sur les vraies perspectives de notre enseignement et de notre recherche (adaptation au contexte local), au lieu de nous cantonner à chercher des poux sur nos têtes et à nous jeter des balles de ping-pong, malgré nos concepts d’érudition philosophique et scientifique qui nous limitent aux discours, sans passer aux actes.

De la part d’un enseignant qui s’adresse collégialement à ses pairs, dans un souci de nous en sortir.

Sans aucune prétention, sans avoir la baguette magique pour opérer des miracles, mais en nous invitant, humblement, à nous secouer, à enlever la poussière de nos habitudes fortement ancrées, à nous mettre débout et à avancer, par essais et erreurs.

Prof Arthur YENGA