
La ville martyre de Kisangani n’a pas laissé passer sous silence le troisième anniversaire du génocide congolais à des fins économiques, désormais désigné sous le nom de « genocost ». Une journée empreinte d’émotion, de recueillement et de mobilisation collective, marquée par des gestes forts à la mémoire des victimes et par un plaidoyer renouvelé pour la reconnaissance internationale de ce drame encore trop ignoré.
Aux premières heures de la journée, le gouverneur intérimaire de la province de la Tshopo, Didier Lomoyo Iteku, a conduit les membres du Conseil provincial de sécurité dans une cérémonie de dépôt de gerbe au Mémoriel du genocost. Le moment solennel s’est poursuivi par une messe d’action de grâce célébrée à la cathédrale Notre-Dame du Très Saint Rosaire, dans la commune de Makiso.
Dans son adresse poignante, le gouverneur Lomoyo Iteku a réitéré la position du chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, appelant à la reconnaissance du génocide congolais à l’échelle mondiale. « Nous sommes ici pour nous souvenir de nos enfants, de nos sœurs, de nos frères, de nos épouses et époux, ainsi que de nos parents tués pour le seul motif qu’ils sont Congolais et vivent à Kisangani », a-t-il déclaré devant les fidèles réunis a l’eglise.

La mémoire reste vive dans une ville qui n’a pas encore pansé les plaies de la guerre des Six Jours , ce conflit meurtrier ayant opposé en juin 2000 les forces armées rwandaises et ougandaises sur le sol congolais. Une guerre fratricide qui a coûté la vie à des milliers de civils, ravagé l’infrastructure urbaine et précipité Kisangani dans une crise humanitaire dont les stigmates demeurent visibles à ce jour.
Le gouverneur a rappelé l’absurdité et la cruauté d’un conflit motivé, selon lui, par une seule logique : la convoitise des ressources naturelles de la République démocratique du Congo. « Aucun fait ne peut justifier cette guerre barbare si ce n’est l’hégémonie sur nos richesses », a-t-il martelé.
Dans une prise de parole ferme et engagée, Didier Lomoyo Iteku a exhorté les Congolais, en particulier les habitants de la Tshopo, à ne pas céder à l’oubli. Il a plaidé pour la reconnaissance officielle du 2 août comme journée nationale de commémoration du genocost, au nom de tous ceux qui ont péri et continuent de souffrir de violences motivées par leur simple appartenance à la nation congolaise.
Au nom du gouverneur de province, Paulin Lendongolia, le gouverneur intérimaire a également lancé un appel à la résistance citoyenne et patriotique. « Pour éviter la répétition de ces actes barbares, chaque Congolais doit mener un combat sur le front de la diplomatie, par des actes concrets de résilience, de fidélité à la patrie et de refus de la trahison », a-t-il déclaré.
Ce troisième anniversaire du genocost n’était pas seulement une journée de deuil. Elle s’est imposée comme une étape supplémentaire dans la construction d’une mémoire nationale, dans la quête de justice et dans la reconnaissance d’un pan trop longtemps occulté de l’histoire du Congo.
La ville de Kisangani, meurtrie mais debout, continue de faire entendre sa voix. Une voix qui appelle à la vérité, à la réparation, et à la dignité.
Laurent Kangisa.