
Une avancée significative a été réalisée dans le domaine de l’agriculture au Kivu, en République Démocratique du Congo (RDC), ce mercredi 19 mars 2025. Lors de sa soutenance de thèse à l’Institut Facultaire des Sciences Agronomiques (IFA) de Yangambi, Franchement Mukeshamba, jeune docteur et enseignant à l’Université de Goma, a présenté une découverte qui pourrait bien changer la donne dans la lutte contre les maladies bactériennes affectant les cultures de bananiers et de pommes de terre.
Au cœur de cette recherche se trouve une solution innovante et naturelle, loin des pratiques agricoles traditionnelles qui reposent largement sur l’utilisation de pesticides et d’antibiotiques. Franchement Mukeshamba a en effet mis en lumière les vertus de certaines plantes, comme le gingembre, le Resilius communius (plante utilisée localement dans la fabrication de mafuta ya Mbalika) et l’eucalyptus globulus. Selon ses résultats, ces extraits de plantes ont démontré leur capacité à inhiber la croissance des bactéries responsables des flétrissements des bananiers et des pommes de terre, deux maladies particulièrement dévastatrices dans les deux Kivu.
L’étude, menée principalement en laboratoire, a révélé des résultats très encourageants. Le gingembre et le Resilius communius, bien connus des populations locales, semblent particulièrement efficace contre les pathogènes affectant les bananiers, tandis que l’eucalyptus globulus s’est montré plus adapté à la lutte contre les maladies des pommes de terre. L’application de ces plantes pourrait offrir une alternative viable et plus durable aux méthodes conventionnelles basées sur les produits chimiques, dont les effets néfastes sur l’environnement et la santé publique sont de plus en plus dénoncés.
Franchement Mukeshamba, dans son intervention, a souligné qu’il restait encore des travaux de mise au point avant que ces découvertes puissent être pleinement mises en pratique sur le terrain. Les agriculteurs devront faire preuve de patience, car il est essentiel d’étudier les meilleures méthodes d’application de ces extraits. Une question clé reste à résoudre : faut-il les utiliser sous forme de poudre, ou les mélanger à de l’eau pour créer des solutions liquides ?
L’importance de cette découverte est d’autant plus marquante qu’elle s’inscrit dans un contexte où les maladies comme la bacteriose du bananier ont déjà causé des pertes considérables, notamment dans le Nord et le Sud Kivu. Ces dernières années, des plantations entières de bananiers ont été décimées par cette maladie bactérienne. La découverte de solutions naturelles, telles que celles proposées par Mukeshamba, pourrait donc jouer un rôle crucial dans la préservation de ces cultures vitales pour la sécurité alimentaire de la région.

Cette soutenance, qui a marqué la fin de son étude doctorale, a été couronnée par la mention « grande distinction », une reconnaissance bien méritée pour un travail de recherche prometteur. Franchement Mukeshamba devient ainsi le neuvième doctorant encadré par le professeur Godefroid Monde, une figure clé de l’IFA Yangambi, qui a notamment joué un rôle déterminant dans la réouverture du cycle doctoral en 2021, après une longue interruption de huit ans.
Le professeur Godefroid Monde, également ancien secrétaire général académique de l’IFA Yangambi, s’est battu activement pour la réouverture de ce cycle doctoral, fermé en 2013.
Laurent Kangisa.