La transformation de la réserve de la boucle de la Tshopo en zone résidentielle suscite une vive controverse dans la ville de Kisangani. Située sur la rive droite de la rivière Tshopo et couvrant une superficie de 400 hectares, cette aire protégée est désormais au cœur d’un projet immobilier initié par les autorités provinciales.
À travers un arrêté signé le 17 mars 2026, le gouverneur de province, Paulin, a officialisé la création d’un nouveau lotissement baptisé « Batiambomake ». Le plan prévoit l’aménagement de 560 parcelles résidentielles de 25 mètres sur 30, ainsi que 20 parcelles à vocation commerciale. Sur le terrain, les travaux ont déjà franchi une étape concrète : défrichage et piquetage sont en cours, marquant le début effectif de l’occupation de cet espace jusqu’ici protégé.
Face à l’ampleur de la décision, les institutions provinciales commencent à réagir. Informé de la situation, le président de l’Assemblée provinciale, Matheus Kanga, a convoqué, le vendredi 1er mai 2026, une réunion réunissant notamment le ministre provincial des Affaires foncières, ainsi que les directeurs provinciaux de la SNEL et de la REGIDESO. Objectif : examiner les implications de ce projet avant son inscription à l’ordre du jour d’une plénière. Une descente sur le site a également été effectuée afin d’évaluer l’état actuel de la réserve.
Mais au-delà des procédures administratives, c’est l’avenir d’une infrastructure stratégique qui alarme experts et organisations de la société civile. Créée en 1953, la réserve de la boucle de la Tshopo avait pour vocation principale de protéger la centrale hydroélectrique contre les phénomènes d’érosion. Sa désaffectation est perçue comme une menace directe.
Le professeur Corneille Ewango, expert en forêt, tire la sonnette d’alarme : « Lotir cet espace, c’est consacrer la destruction progressive de la centrale hydroélectrique de la Tshopo. Privée de sa barrière naturelle, elle sera exposée aux sables et aux érosions, ce qui compromettra inévitablement son fonctionnement. »
Même inquiétude du côté des organisations environnementales. Florent Kay, coordonnateur de l’ONG Organisation des écologistes amis de la nature (OCEAN), met en garde contre les effets des activités humaines à venir : « La présence accrue de populations dans cette zone fragilisera également le pont Tshopo, qui relie les deux rives de la rivière. À terme, cette infrastructure pourrait céder sous la pression des transformations environnementales. »
La centrale hydroélectrique de la Tshopo demeure à ce jour la principale source d’électricité de la ville de Kisangani. Déjà vieillissante et fonctionnant à capacité réduite, elle représente un maillon essentiel de l’approvisionnement énergétique local. Pour de nombreux observateurs, l’implantation d’un lotissement à proximité immédiate de cette infrastructure revient à hypothéquer définitivement son avenir.
Au-delà du débat foncier, c’est donc une question stratégique qui se pose : celle de la préservation des infrastructures vitales face à la pression urbaine. Car si la centrale venait à céder, c’est toute la ville de Kisangani qui risquerait d’être plongée dans l’obscurité de manière durable.
Laurent Kangisa.