À un peu plus de trois mois de son entrée en vigueur, le Règlement Zéro Déforestation de l’Union Européenne était au cœur d’une importante séance de sensibilisation organisée ce lundi 22 septembre 2025 à Kisangani. L’ONG Tropenbos RDC, en collaboration avec l’Agence Congolaise de l’Environnement, a réuni les parties prenantes locales, producteurs agricoles, exportateurs, autorités publiques et société civile pour les informer des exigences de cette nouvelle réglementation européenne.
Adopté en 2023 après plusieurs reports, ce règlement entrera en application le 1er janvier 2026, avec un caractère contraignant pour tous les produits exportés vers le marché de l’Union Européenne.
Une réglementation stricte contre la déforestation importée
L’objectif principal de cette réglementation est clair : éradiquer la déforestation et la dégradation des forêts causées par la production agricole, notamment dans les pays exportateurs. Elle cible plusieurs produits phares : le cacao, le café, l’huile de palme, le soja, la viande de bœuf, le bois et leurs dérivés.
« À partir de janvier 2026, tout importateur ou vendeur sur le marché européen devra prouver que ses produits ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020 », a expliqué le professeur Alphonse Maindo, directeur pays de Tropenbos RDC, qui animait la session.
En cas de non-conformité, ces produits seront interdits à la vente sur les marchés de l’Union Européenne. Le règlement prévoit également des contrôles rigoureux : traçabilité des chaînes d’approvisionnement et sanctions en cas de non-respect.
Un enjeu crucial pour la RDC, pays forestier majeur

Pour la République Démocratique du Congo, où la forêt équatoriale couvre plus de 60% du territoire, cette réglementation constitue un défi mais aussi une opportunité. Elle exige une réforme en profondeur des pratiques agricoles et commerciales, particulièrement dans des filières comme le cacao ou l’huile de palme, qui sont appelées à jouer un rôle croissant dans l’économie nationale.
Selon les études citées lors de la séance, l’expansion des terres agricoles est le principal moteur de la déforestation dans le monde. Cette situation menace non seulement les écosystèmes forestiers, mais également les moyens de subsistance des communautés locales qui en dépendent.
« L’Union Européenne ne veut plus de produits qui contribuent à la destruction des forêts, que ce soit sur son territoire ou ailleurs. Cela concerne aussi les produits qui sortent de l’Union et qui pourraient favoriser la déforestation ailleurs dans le monde », a précisé le professeur Maindo.
Vers une production responsable et traçable
La séance de sensibilisation, tenue dans la salle de l’Alliance Française de Kisangani, s’inscrit dans le cadre du programme Green Livelihoods Alliance 2.0, qui milite pour une gouvernance forestière équitable et durable. L’objectif est de préparer les acteurs congolais à ces nouvelles exigences, mais aussi à intégrer des pratiques de production durable, traçable et respectueuse de l’environnement.
Des discussions ont aussi porté sur les outils de géolocalisation des parcelles, les mécanismes de certification, et les réformes légales nécessaires pour accompagner la transition vers une agriculture zéro déforestation.
Un appel à l’action pour les producteurs congolais
Pour Tropenbos RDC, cette sensibilisation est un premier pas vers une mobilisation nationale. Car au-delà des exigences européennes, la lutte contre la déforestation est aussi un enjeu de souveraineté, de résilience climatique et de justice environnementale.
« Nous devons anticiper dès maintenant. Il en va de l’accès de nos produits aux marchés internationaux, mais aussi de la survie de nos forêts et du bien-être de nos communautés rurales », a conclu le professeur Maindo.
Alors que la date butoir du 1er janvier 2026 approche, l’heure est à l’adaptation et à la transformation des chaînes de valeur congolaises. Le règlement européen ne sera pas sans conséquences, mais il pourrait bien devenir un catalyseur pour un nouveau modèle de développement agricole en RDC, durable, équitable et respectueux de la forêt.
Laurent Kangisa.