La crise institutionnelle qui secoue actuellement la province de la Tshopo, marquée par la destitution du gouverneur par l’Assemblée provinciale suivie de l’intervention du ministre national de l’Intérieur, n’est que la énième illustration d’un dysfonctionnement ancien dans la gouvernance provinciale en République démocratique du Congo.
C’est du moins l’analyse de Maître Joseph Tofendo, avocat au barreau de la Tshopo et ancien directeur de cabinet de l’ex-gouverneur Walle Lofungola, qui voit dans ces tensions récurrentes les symptômes d’un mal structurel enraciné depuis près de deux décennies.
Une crise qui trouve ses racines en 2007
Selon ce juriste, les premières manifestations de ces crises remontent à 2007, à l’occasion des premières élections des gouverneurs de province organisées sur base de la Constitution et du décret-loi de 1998, signé par feu le président Laurent-Désiré Kabila.
« Ce décret-loi conférait un pouvoir excessif au ministre national de l’Intérieur sur les provinces, un pouvoir qui a longtemps faussé les équilibres institutionnels », explique Me Tofendo.
Pourtant, la promulgation en 2008 de la loi sur la libre administration des provinces aurait dû marquer une rupture. Mais dans les faits, déplore le juriste, les ministres de l’Intérieur successifs « ne se sont jamais réellement adaptés à cette nouvelle configuration ».
« Au lieu de se conformer à la loi, ils ont continué à agir comme des autorités de tutelle, interférant aussi bien dans les affaires des gouverneurs que dans celles des assemblées provinciales », souligne-t-il.
Des pratiques contraires à la loi
Ces ingérences répétées ont, selon lui, favorisé l’émergence de pratiques contra legem, autrement dit en violation du droit.
« Depuis dix-huit ans, les ministres de l’Intérieur ont instauré des habitudes illégales qui compromettent l’autonomie des institutions provinciales », regrette Me Tofendo.
C’est entre autres, la fermeture des assemblées, la suspension des motions, le blocage des gouverneurs à Kinshasa, etc.
Le cas de la Tshopo : la loi doit prévaloir
Concernant la situation actuelle de la Tshopo, où l’Assemblée provinciale a voté la déchéance du gouverneur, Me Tofendo rappelle que le ministre de l’Intérieur n’a aucun pouvoir de remettre en cause une décision prise par une institution provinciale élue.
« La seule voie de recours ouverte au gouverneur déchu reste judiciaire. C’est devant les instances compétentes qu’il peut faire valoir ses droits », précise-t-il.
Une rencontre nationale annoncée à Kinshasa
Alors que la tension reste vive dans plusieurs provinces, le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, a convoqué tous les gouverneurs et présidents des assemblées provinciales à une réunion de concertation prévue à Kinshasa le 6 novembre 2025.
Laurent Kangisa.