Rdc-Rwanda: À la veille du sommet Tshisekedi-Kagame, les intellectuels congolais sonnent l’alarme.

Laurent Kangisa

Alors que les présidents Félix Antoine Tshisekedi et Paul Kagame s’apprêtent à rejoindre la table des négociations à Washington, à l’invitation du président américain, un vent de scepticisme souffle depuis Kinshasa.

Le Collectif des intellectuels congolais, regroupant des universitaires, chercheurs et acteurs de la société civile, a adressé une lettre ouverte au chef de l’État congolais dans laquelle il exprime de sérieuses réserves sur le processus en cours.

Ce dialogue de haut niveau fait suite à la signature de la Déclaration de principes du 25 avril dernier, par les ministres des Affaires étrangères congolais et rwandais, sous l’égide du secrétaire d’État américain. Si le document consacre le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence — conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU —, le Collectif dénonce « l’opacité » et le « caractère transactionnel » d’un accord dont les contours réels restent flous.

Minerais et forêts : lignes rouges

Au cœur des inquiétudes : la crainte d’un bradage des ressources minières et forestières congolaises dans le cadre d’un projet d’intégration économique régionale en gestation. Le collectif exhorte le président Tshisekedi à ne céder à aucune pression politique ou économique qui irait à l’encontre de l’intérêt national.

« Vous avez prêté serment sur la Constitution, non pas une, mais deux fois », rappellent les auteurs de la lettre, qui invoquent notamment l’article 5, garantissant la souveraineté au peuple congolais. Ils mettent également en garde contre toute tentative de passer outre les procédures parlementaires pour la ratification d’accords internationaux. À leurs yeux, toute violation de ce principe relèverait de la haute trahison.

Une paix à quel prix ?

Reconnaissant l’urgence de ramener la paix dans un pays où plus de 10 millions de citoyens vivent dans la psychose de la guerre et de la faim, le collectif souligne néanmoins que la paix ne saurait se construire au détriment de la justice ni sur l’autel des ressources stratégiques. Il propose en ce sens l’inclusion d’un mécanisme de justice transitionnelle dans tout processus de paix, et appelle à des consultations nationales élargies, impliquant les élus et toutes les forces vives de la nation.

« Ne pas engager la nation sans elle »

Alors que la délégation congolaise s’apprête à monter dans l’avion pour Washington, le message du collectif est clair : le peuple congolais doit être au cœur des négociations. « Ne sacrifiez pas nos minerais pour un compromis temporaire », écrivent-ils en substance, tout en invitant le président à défendre exclusivement les intérêts du peuple congolais dans cette nouvelle phase diplomatique.

Dans ce contexte géopolitique complexe, où s’entremêlent ambitions régionales, déficits de gouvernance et inaction internationale, le message des intellectuels congolais résonne comme un rappel solennel : la paix durable ne peut se bâtir sans justice, ni transparence, ni inclusion.

Laurent Kangisa.