Tshopo : Des leaders intellectuels dressent un tableau sombre de la gouvernance provinciale.

Laurent Kangisa

Dans une démarche inédite de veille citoyenne, le coordonnateur des Leaders Intellectuels de la Grande Orientale, le professeur Grison Trésor Kakumbi Belumva, a officiellement déposé ce lundi 6 octobre 2025, à l’Assemblée provinciale de la Tshopo, un rapport d’enquête sans complaisance sur la gouvernance provinciale. Ce rapport, fruit d’un travail de terrain mené dans les sept territoires de la province ainsi qu’à Kisangani, met en lumière des dysfonctionnements majeurs sur trois axes clés : la gouvernance, les infrastructures et le leadership du gouvernement provincial.

Une enquête participative à large échelle

Réalisée auprès de plus de 5.000 personnes – étudiants, scientifiques, commerçants, entrepreneurs et membres de la société civile – cette enquête dresse un constat alarmant. « La gestion de la province de la Tshopo est problématique, notamment en matière de sécurité, de justice et de gouvernance coutumière », a déclaré le professeur Kakumbi lors de la remise officielle du document.

Une gouvernance minée par l’insécurité et les conflits

Le rapport évoque une insécurité grandissante sur toute l’étendue de la province. Cambriolages, braquages, viols, vols à main armée, extorsions et justice populaire font désormais partie du quotidien des populations locales. À cela s’ajoutent des conflits coutumiers alimentés par les autorités provinciales elles-mêmes. Le cas de Bolomboki et Basoko, où le gouverneur aurait nommé deux chefs coutumiers différents pour un même poste, est cité comme exemple d’ingérence délétère.

Les tensions foncières sont également nombreuses, notamment à Lokutu (Basoko), où la population s’oppose à la société PHC, ou encore à Yahuma, où un bras de fer oppose les habitants à une entreprise d’exploitation forestière. À Bafwasende, la menace des présumés ADF plane sur les populations rurales, particulièrement dans les zones de culture du cacao. Banalia et Bafwasende sont quant à eux les témoins silencieux du pillage de ressources minières, souvent par des entreprises détenant uniquement des permis de recherche.

À Kisangani, le rapport signale la résurgence du conflit intercommunautaire entre les Mbole et les Lengola.

Des infrastructures inégalement prises en charge

Les leaders intellectuels saluent les efforts du gouvernement central, notamment dans la réhabilitation de la voirie urbaine de Kisangani. Cependant, ils s’interrogent sur l’absence d’initiatives visibles du gouvernement provincial. « Où est la part de la province dans ces efforts de développement ? » s’interroge le professeur Kakumbi.

Un leadership accusé de dérives autoritaires

Le rapport pointe également une dérive autoritaire du gouverneur de province, accusé de ne tolérer aucune voix critique. Plusieurs cas de licenciements seraient liés à des proximités supposées avec l’opposition provinciale. L’arrestation jugée arbitraire de Jedidua Mabela, activiste du mouvement citoyen Lucha, est citée comme emblématique. Ce dernier aurait été incarcéré en raison de ses critiques publiques sur la gestion provinciale et son engagement en faveur de l’État de droit.

Une interpellation citoyenne assumée

Dans un geste d’apaisement, les leaders intellectuels ont présenté leurs excuses à l’Assemblée provinciale pour les propos injurieux récemment proférés par certains citoyens à l’endroit des députés. Une démarche saluée dans la forme, mais refusée sur le fond par le président de l’Assemblée, Mateus Kanga.

« Les insultes ne sont jamais souhaitables, mais elles nous rappellent notre devoir de rendre compte. Le peuple a le droit d’exiger des comptes à ses élus », a-t-il déclaré. Le président de l’organe délibérant a par ailleurs salué le travail des leaders intellectuels et promis une analyse approfondie du rapport. Une tribune d’expression populaire réunissant les députés et la population est déjà en préparation.

Concernant le cas de Jedidua Mabela, Mateus Kanga a exprimé ses regrets et affirmé sa volonté de s’impliquer pour un dénouement respectueux des droits fondamentaux.

Laurent Kangisa.