Tshopo : Gouvernance provinciale, l’ONG Aligo exhorte les députés provinciaux à initier le contrôle parlementaire.

Laurent Kangisa

L’Association des leaders intellectuels de la grande Orientale (Aligo) a présenté, ce mercredi 15 octobre 2025, son deuxième rapport d’enquête sur la gouvernance provinciale de Tshopo, ciblant une gestion jugée défaillante du gouverneur Paulin Lendongolia. Une sortie médiatique très attendue, marquée par des accusations graves et un appel pressant aux élus provinciaux à jouer leur rôle de contre-pouvoir.

Une gestion en mode pilotage automatique

Devant la presse, le coordonnateur national de l’Aligo, Professeur Grison Trésor Kakumbi, n’a pas mâché ses mots. Qualifiant la gestion du gouverneur de « caricature de gouvernance », il a évoqué des signaux inquiétants d’un manque de leadership criant, flirtant dangereusement avec les pratiques autoritaires d’une « démocrature », selon ses termes.

Le rapport, fruit d’un monitoring approfondi réalisé à travers les médias après le dépôt d’un premier document à l’Assemblée provinciale, dresse un constat accablant : seulement 7 réunions du Conseil des ministres tenues sur 34 prévues, aucune tournée dans les ministères pour constater leur fonctionnement, et une administration laissée à l’abandon.

« Certains ministères ne disposent même pas d’imprimantes. Ils recourent à des services privés pour produire des documents officiels », a fustigé le professeur Kakumbi.

Une province riche mais sans action visible

L’Aligo pointe également du doigt une incohérence flagrante entre les ressources générées par la province et leur faible impact visible sur le terrain. Alors que la Direction générale des recettes provinciales de la Tshopo (DGRPT) encaisse plus de 2,5 milliards de francs congolais par mois, aucun chantier structurant n’a été lancé ni inauguré, selon l’organisation.

Les arriérés de paiement s’accumulent : de 4 à 6 mois de salaires impayés pour les ministres provinciaux et leurs cabinets, ce qui aggrave un climat institutionnel déjà délétère.

Appel à un sursaut parlementaire

Face à ce tableau sombre, l’Aligo exhorte l’Assemblée provinciale à sortir de sa torpeur. L’organisation appelle les députés à initier des contrôles parlementaires rigoureux sur la gestion de la province et à débloquer les rapports d’enquête parlementaires jusque-là gardés dans les tiroirs.

« Il est temps que les rapports des commissions parlementaires soient débattus en plénière. Les citoyens de la Tshopo ont droit à la vérité sur la manière dont leur province est gérée », a martelé le professeur Kakumbi.

 

Dans un climat politique tendu, l’Aligo salue toutefois l’exercice démocratique observé dans le traitement des pétitions visant certains membres du bureau de l’Assemblée provinciale. Un signe, selon l’association, que des leviers institutionnels demeurent activables, à condition qu’ils soient utilisés avec courage et responsabilité.

Laurent Kangisa.