Tshopo : Le député Aimé Eyane fait des révélations accablantes sur la gestion opaque de l’Assemblée provinciale.

Laurent Kangisa

Un nouveau tournant dans la crise qui secoue l’Assemblée provinciale de la Tshopo. Le député provincial Aimé Eyane, élu du territoire d’Opala, a brisé le silence ce vendredi 10 octobre 2025 lors d’un point de presse tenu dans son bureau à la CAMEKIS (Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels de Kisangani), en réaction aux accusations portées contre lui par le président sortant de l’organe délibérant provincial, Mateus Kanga.

Cité nommément lors d’une sortie médiatique le mercredi 08 octobre dernier, le Dr Aimé Eyane a répondu point par point aux griefs formulés à son encontre, tout en livrant de graves révélations sur la gestion de l’Assemblée provinciale. Trois dossiers sont au cœur de cette controverse : l’indemnisation par le FRIVAO, la réhabilitation du bâtiment de l’Assemblée et la pétition visant à destituer une partie du bureau.

Fonds FRIVAO : des allégations de distribution de 100.000 $ démenties

Au sujet du fonds de 200.000 dollars versés par le FRIVAO (Fonds spécial de répartition de l’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda ), Aimé Eyane se montre catégorique : « Aucun député n’a perçu un rond de ce montant », a-t-il affirmé. Il rejette les allégations du président sortant selon lesquelles 100.000 dollars auraient été partagés entre députés à sa demande.

L’élu d’Opala dénonce une remise « clandestine » de ces fonds, rappelant que l’Assemblée provinciale, créée en 2006, ne peut pas être éligible à une indemnisation couvrant des faits survenus entre 1996 et 2003. Il affirme par ailleurs que l’argent a été logé directement sur le compte de l’entreprise en charge de la réhabilitation du siège de l’Assemblée, une société appartenant selon lui au frère de Mateus Kanga.

Un marché public sans appel d’offres et une gestion budgétaire floue

Sur ce chantier de réhabilitation, Aimé Eyane soulève des irrégularités graves. Le marché aurait été attribué sans appel d’offres, en violation des règles élémentaires de passation des marchés publics. « Jusqu’à présent, aucun député n’a connaissance du coût total des travaux, ni des sommes déjà débloquées », déplore-t-il.

L’élu évoque également la disparition inexpliquée de 100 millions de francs congolais sur une enveloppe de 850 millions FC destinée aux émoluments des députés, en provenance de Kinshasa. Des faits qui, selon lui, méritent une enquête parlementaire.

Frais de fonctionnement de la commission sociale : une tentative de diversion ?

Accusé de n’avoir pas justifié les frais de fonctionnement liés à sa fonction de président de la commission sociale, Aimé Eyane balaie l’attaque d’un revers de main. Il indique que le montant alloué – 164.000 FC est dérisoire, et que toutes les pièces justificatives sont disponibles. Mieux, il affirme avoir plusieurs fois suppléé aux besoins de la commission avec ses fonds personnels, citant notamment l’achat d’une chaise roulante, d’ampoules, d’un ventilateur, d’un classeur et d’autres équipements de bureau.

Pétition contre le bureau : des accusations « humiliantes » pour les députés

Concernant la pétition ayant conduit au retrait de confiance envers une partie du bureau, l’élu d’Opala s’insurge contre les accusations selon lesquelles les signataires auraient touché 1.500 dollars à la signature et 3.000 dollars après le vote. Il y voit une tentative de ternir l’image de l’Assemblée. « C’est un manque de respect envers les élus provinciaux », a-t-il dénoncé.

Il affirme en revanche que le président sortant de l’Assemblée perçoit, chaque mois, 10.000 dollars du gouverneur provincial. Pour lui, la situation actuelle n’est ni une crise institutionnelle, ni un bras de fer politique, mais bien « un conflit d’intérêts entre deux personnes », à savoir le président sortant et le gouverneur. Il met en garde contre « l’instrumentalisation de la population » dans cette affaire.

« Une sortie médiatique ratée »

En conclusion, le député Eyane estime que le président sortant a manqué l’occasion de faire preuve de hauteur. « Sa sortie médiatique était ratée. Il aurait mieux fait de se taire, par respect pour la fonction qu’il occupait », a-t-il lancé, visiblement déterminé à laver son honneur et à mettre la lumière sur ce qu’il qualifie de « gestion calamiteuse » de l’Assemblée provinciale de la Tshopo.

Laurent Kangisa.