
Effet de l’utilisation des terminaux électroniques sur la dedollarisation de l’économie Congolaise. Ce sujet était au centre d’une conférence débat scientifique organisée ce mercredi 10 juillet 2024 par la faculté de sciences économiques et de gestion de l’université de Kisangani.
Une conférence animée par la reverende sœur professeure Brigitte Anibiloni, administrateur de budget de l’université de Kisangani.
C’est dans une amphithéâtre remplie d’ étudiants et des scientifiques que la reverende sœur professeure Brigitte Anibiloni a analysé la note de la gouverneure de la Banque centrale du Congo du 03 juin 2024 sur les mesures d’accompagnement de la dedollarisation de l’économie Congolaise.
Selon le constat fait par la Banque centrale du Congo, 87% de terminaux électroniques sont paramètrés en monnaie étrangère notamment en dollars Américains contre seulement 13% en Franc Congolais.
Une mesure salutaire pour lutter contre la dollarisation de l’économie nationale, dans la mesure où elle fait la promotion de l’utilisation du Franc Congolaise.
En ce sens, elle encourage les commerçants et les consommateurs à utiliser davantage la monnaie nationale dans les transactions, contribue à réduire la circulation du dollar américain dans l’économie.
Un autre avantage que présente cette mesure, c’est le renforcement de la souveraineté nationale . Elle affirme le rôle de la monnaie nationale.
Ainsi, elle permet à la Banque centrale du Congo d’avoir un meilleur contrôle sur la politique monétaire, fait savoir la reverende sœur professeure Brigitte Anibiloni.
Cependant, l’oratrice de cette conférence note quelques limites de cette mesure.
C’est entre autres, le caractère très élevé de la circulation fiduciaire hors banque. Ce qui constitue une contrainte majeure pour l’efficacité de cette mesure.
La faible inclusion financière et méfiance envers le système bancaire, en particulier dans les zones rurales, l’instabilité macroéconomique et monétaires historiques alimentant la thésaurisation, l’insuffisance des guichets bancaires et de distributeurs automatiques sur l’ensemble du territoire national.
A côté de ces limites, cette scientifique, propose quelques pistes de sorties.
Il s’agit notamment de la stabilisation et renforcement du Franc Congolais, le développement des instruments de couverture de change, l’amélioration de l’inclusion financière, le renforcement de la régulation de change, l’incitation fiscale et réglementaire, la campagne de communication et d’éducation mais aussi la coordination avec les autorités locales.
Pour ne pas connaître l’échec de dedollarisation de l’économie nationale comme ce fut le cas en 2012 où sur 22 mesures arrêtés, 6 seulement avaient été réalisées contre 16 non réalisée, la reverende sœur professeure Brigitte Anibiloni pose quelques préalables notamment la réduction du déficit budgétaire et le financement monétaire de ce déficits mais aussi qu’il y ait la confiance dans le système financier national.
Il n’est pas impossible de dedollariser l’économie nationale; d’autres pays l’ont fait.
A l’instar du Pérou et de la Turquie.
En quelques décennies, ces pays ont réussi à inverser la tendance.
Au Pérou par exemple, le dépôt bancaire qui était de 80% dans les années 1990, aujourd’hui le dépôt en monnaie locale représente plus 60% alors qu’en Turquie, en une décennie, le dépôt en dollars est passé de 70% à moins de 40%.
Ces deux pays, ont mené comme actions principales, le renforcement de la politique monétaire, la limitation des transactions en devise étrangères, l’encouragement de l’épargne en monnaie locale.

Il faut dire qu’en RDC, la dollarisation de son économie est la conséquence directe de la grave crise traversée par l’économie Congolaise à partir de 1989.
Elle a été la résultante d’une importante crise politique institutionnelle et socio-économique de la décennie 90.
Laurent Kangisa.