Unikis: La recherche scientifique se mobilise pour répondre aux défis pressants de la conservation.

Laurent Kangisa

Le CEBios (Capacité pour la biodiversité et le développement), en collaboration avec le Centre de surveillance de la biodiversité de l’Université de Kisangani, a présenté ce lundi 16 février 2026 deux nouveaux projets destinés à renforcer les connaissances sur l’état de la faune et de la flore dans la région.

La cérémonie officielle, organisée dans la salle de réunion du centre de surveillance de la biodiversité Csb, s’est tenue en présence du secrétaire général à la recherche, le professeur Marcel Otita, ainsi que des chercheurs et des agents de la coordination provinciale de l’environnement.

Suivre la dynamique de la viande de brousse

Le premier projet, intitulé « Suivi de la dynamique de l’exploitation de la faune sauvage comme viande de brousse dans la région de Kisangani », est dirigé par le professeur Casimir Nebesse, de la faculté des sciences.

L’étude vise à documenter de manière systématique les espèces de gibier consommées, leur fréquence d’utilisation et les circuits d’approvisionnement. Elle entend également évaluer le respect de la législation en vigueur, notamment durant les périodes de fermeture de chasse, un point sensible dans un contexte où la pression sur la faune demeure élevée.

Au-delà des données biologiques, le projet intégrera une dimension socio-économique. Les chercheurs analyseront la perception des populations locales sur la conservation et l’utilisation durable de la faune sauvage. L’objectif est double : comprendre les déterminants sociaux de l’exploitation et produire des indicateurs fiables pour le rapportage national en matière de biodiversité.

Pour asseoir la robustesse scientifique des résultats, l’équipe exploitera les données accumulées au cours des quinze dernières années, soit de 2010 à 2024. Une approche rétrospective qui permettra d’identifier les tendances lourdes, les ruptures éventuelles et les zones particulièrement vulnérables.

Cartographier la menace des plantes invasives

Le second projet, conduit par l’attachée de recherche  au centre de surveillance de la biodiversité, la cheffe de travaux Judith Tsongo, porte sur la « Diversité, caractéristiques écologiques et distribution des espèces de plantes invasives à Kisangani ».

Il s’agira de recenser les espèces envahissantes présentes dans la région, de les décrire, de les cataloguer et d’analyser leur répartition spatiale. Ce travail de terrain et de laboratoire permettra de mieux comprendre les mécanismes d’implantation et de propagation de ces espèces.

Selon Judith Tsongo, les plantes invasives constituent une menace multidimensionnelle : elles perturbent les écosystèmes locaux, concurrencent les espèces indigènes, affectent la santé humaine et peuvent entraîner des pertes économiques, notamment dans les secteurs agricole et forestier.

Vers des mécanismes de suivi pérennes

Pour le directeur intérimaire du centre, le professeur Upoki, le lancement simultané de ces deux projets traduit une ambition claire : « documenter les tendances, identifier les zones et périodes sensibles, comprendre les déterminants écologiques et socio-économiques, et proposer des options réalistes de gestion, de prévention et d’atténuation ».

Au-delà du diagnostic, l’enjeu est d’installer des mécanismes de suivi durables, capables d’alimenter les politiques publiques et les stratégies nationales de conservation.

D’un coût estimé à 10 000 euros chacun, ces projets s’étendront sur une période de 18 mois. Un investissement modeste au regard des défis environnementaux auxquels fait face la région de Kisangani, mais qui pourrait produire des données stratégiques essentielles pour orienter la gestion durable de la biodiversité.

Laurent Kangisa