Université de Kisangani : la commission d’enquête dévoile de graves irrégularités dans la décision rectorale 013 bis.

Laurent Kangisa

La lumière commence à se faire sur le feuilleton académique qui secoue l’Université de Kisangani depuis la révocation, le 18 novembre dernier, de la décision rectorale 013 bis relative à la nomination de nouveaux assistants. Face aux nombreuses « mauvaises interprétations » suscitées par cette annulation, la commission chargée d’examiner les dossiers concernés a livré ce mardi 9 décembre 2025, au cours d’un point de presse tenu dans la salle de réunion du 4ᵉ niveau du bâtiment administratif, les conclusions de son travail.

Présidée par le professeur émérite Joseph Tshimpanga, la commission a mis à nu dix irrégularités majeures qui, selon elle, ont entaché la décision signée par l’ancien recteur Jean Faustin Bongilo Boendi.

Dix irrégularités révélées

D’après le rapport présenté, plusieurs cas de non-conformité flagrante ont été enregistrés :

Parmi les assistants nommés, certains étaient encore étudiants, donc inéligibles au recrutement.

D’autres provenaient d’instituts supérieurs tels que l’ISTM-Kisangani, Cepromad ou encore l’ISP, alors que la décision visait des postes relevant de l’université.

Plusieurs candidats n’avaient obtenu aucune distinction académique, critère pourtant essentiel au recrutement.

Un nombre important n’avait jamais déposé de dossier auprès de l’administration.

Les nominations sont intervenues sans avis préalable des facultés et départements concernés, en violation des procédures.

Certains candidats avaient dépassé la limite d’âge pour le recrutement.

La décision 013 bis a été prise et publiée après l’arrêté ministériel officialisant la remise et reprise entre l’ancienne et la nouvelle équipe rectorale.

La commission n’a trouvé aucune trace administrative de cette décision auprès des autres membres du comité de gestion sortant.

Les quatre autres membres du comité de gestion ont affirmé avoir appris l’existence de la décision après la remise et reprise, sans avoir été associés à son élaboration.

Enfin, les assistants ont été notifiés par le même responsable qui les avait nommés, alors que, selon la procédure, cette tâche revient normalement au secrétaire général académique.

À cela s’ajoute une incohérence supplémentaire : la notification adressée aux assistants leur demandait de commencer le travail au début de l’année académique 2025-2026, tandis que la décision rectorale 013, supposée prise le même jour, stipulait une entrée en vigueur dès le 7 janvier 2025.

Une enquête méthodique et approfondie

Pour parvenir à ces conclusions, la commission affirme avoir adopté une démarche rigoureuse :

entretiens libres avec les différents acteurs impliqués ;

analyse documentaire des pièces disponibles ;

inventaire complet des dossiers ;

étude des traces administratives et vérification de la validité des documents soumis.

Leurs travaux s’articulaient autour de quatre missions principales :

1. Répertorier tous les dossiers concernés par la décision 013 bis du 7 janvier 2025.

2. Examiner ces dossiers conformément aux textes légaux régissant le recrutement dans l’enseignement supérieur et universitaire.

3. Recueillir les informations nécessaires auprès des différentes entités afin d’établir la traçabilité des dossiers.

4. Produire un rapport assorti de recommandations destinées au comité de gestion.

Une commission aux profils variés

La commission était composée d’éminents spécialistes de l’Université de Kisangani :

Professeur émérite Joseph Tshimpanga (président),

Les professeurs ordinaires Jean Otemikongo Mandefu et Jean-Marie Kahindo,

Le président de l’Association du personnel scientifique, assistant Guy Buse,

Le conseiller juridique du recteur, assistant Jean François Alauwa,

L’expert en assurance qualité, Jean Paul Samwangal, directeur-chef de service.

Laurent Kangisa.