Université de Kisangani : Paulin Maembo soutient une thèse doctorale novatrice sur les stratégies d’apprentissage des étudiants.

Laurent Kangisa

 

Dans l’amphithéâtre de l’Université de Kisangani, un événement académique majeur s’est tenu ce mardi 12 août 2025. Le chef de travaux Paulin Maembo Gelingi a brillamment soutenu sa thèse de doctorat en pédagogie, consacrée aux stratégies d’apprentissage et à la réussite académique des étudiants de cette institution emblématique du paysage universitaire congolais.

Fruit d’une rigoureuse enquête de terrain menée durant l’année académique 2020-2021, la recherche du nouveau docteur en sciences de l’éducation s’appuie sur un échantillon de plus de 500 étudiants, aussi bien en première qu’en dernière année d’études. Ces étudiants ont été recrutés au sein de sept des huit facultés que compte l’université, notamment : la psychologie et les sciences de l’éducation, les sciences sociales, administratives et politiques, la gestion des ressources naturelles et renouvelables, le droit, les lettres et sciences humaines, les sciences, ainsi que la médecine et pharmacie.

Une analyse approfondie des difficultés d’apprentissage

Au cœur de cette thèse, une observation critique : les étudiants de l’Université de Kisangani rencontrent d’importantes difficultés dans leur processus d’apprentissage. Selon Paulin Maembo, ces obstacles se traduisent par :

une prise de notes inadéquate pendant les cours magistraux,

une compréhension limitée des contenus enseignés,

une gestion du temps inefficace,

des méthodes d’étude inappropriées,

et une méconnaissance des modes d’évaluation universitaire.

Ces insuffisances seraient en partie responsables des taux d’échec élevés, particulièrement observés lors de la première session d’examens.

Une typologie des stratégies d’apprentissage utilisées par les étudiants

S’appuyant sur la classification théorique de Boulet, le chercheur a structuré son analyse autour de quatre types de stratégies d’apprentissage :

1. Stratégies cognitives

2. Stratégies métacognitives

3. Stratégies affectives

4. Stratégies de gestion des ressources

 

Les résultats de l’étude sont riches en enseignements :

Les stratégies d’apprentissage sont effectivement mobilisées par les étudiants dans leurs démarches académiques, bien qu’elles varient d’une faculté à une autre.

Leur niveau d’activation reste relativement constant, indépendamment du niveau d’étude.

La contribution des stratégies cognitives à la réussite académique est estimée à 16,4 %, répartie entre la répétition (4,6 %), l’élaboration (3,8 %) et l’organisation (8 %).

Les stratégies métacognitives pèsent pour 10,4 %, dominées par la planification (6,1 %), suivie du contrôle (3,6 %) et de la régulation (0,7 %).

Les stratégies affectives interviennent à hauteur de 3,9 %, en lien notamment avec la concentration (0,5 %) et la gestion de l’anxiété (1,5 %).

Enfin, les stratégies de gestion des ressources représentent 11,9 % pour le temps, 1,6 % pour les ressources matérielles et 2,4 % pour les ressources humaines.

Des « anti-valeurs » qui faussent l’apprentissage

Outre ces mécanismes d’apprentissage, Paulin Maembo n’élude pas un phénomène préoccupant : l’existence de pratiques qualifiées d’anti-valeurs, qui viennent parasiter l’effort d’apprentissage légitime. Sont pointés du doigt : la tricherie, la corruption académique, les ponts sexuellement transmissibles, ou encore le népotisme académique que résume l’expression tristement célèbre « les enfants d’abord ».

Une contribution scientifique originale

La portée de cette thèse ne se limite pas à l’Université de Kisangani. Dans un contexte où peu de recherches, tant au niveau mondial qu’en RDC, se penchent sur l’identification des stratégies d’apprentissage des étudiants universitaires performants, cette étude représente une avancée significative pour la pédagogie universitaire congolaise.

En défendant sa thèse avec rigueur et lucidité, le chef de travaux Paulin Maembo Gelingi marque une étape importante dans sa carrière académique, tout en ouvrant une voie pour de futures recherches sur les leviers pédagogiques à mobiliser pour améliorer la réussite étudiante en RDC.

A l’issue de cette soutenance de thèse, le désormais docteur à thèse Paulin Maembo a obtenu la mention grande distinction.

Laurent Kangisa.